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La démarche scientifique par le jeu

Le jeu est-il un bon outil pour former à la démarche scientifique ?

 

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© Pixnio.

Jouer… une chose vitale que l’on fait tous et que l’on apprend dès le plus jeune âge. Le jeu, on le retrouve partout : aussi bien chez soi (jeux de société ou jeux vidéos), mais aussi dans l’espace public : “Escape Game”, chasse aux trésors… Et, pourquoi pas, parfois au travail. C’est notamment de plus en plus le cas pour souder une équipe, ce que l’on appelle le “Team Building”.

En effet, le jeu permet d’échanger, de communiquer et de s’affirmer. Vous vous imaginez “plumer” tout le monde au Monopoly© sans un minimum de caractère ? (Ne vous méprenez pas et ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ; on peut bien sûr jouer au Monopoly© lorsque l’on est timide !).

Il permet aussi d’apprendre à interagir avec d’autres personnes. Jouer amène également une bonne dose de créativité et d’imagination. Cette fois-ci, imaginez-vous jouer au Time’s Up©, un jeu où il faut faire deviner des personnages ou des films. Sans imagination, difficile d’arriver à trouver les rébus nécessaires pour faire deviner le poète dont vous n’aviez jamais entendu parler.

Bref, on pourrait presque dire que le jeu est parfait pour préparer à un bon esprit critique et à l’apprentissage de la démarche scientifique (dont je vous ai parlé dans cet article).

Alors, le jeu peut-il vraiment être pertinent pour une initiation à la démarche scientifique ?

 

Une ouverture à l’esprit critique

Apprendre à débattre

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© Pixabay.

L’association l’Arbre des Connaissances est la créatrice du jeu Jouer à Débattre (JAD). Il s’agit d’une initiation au débat citoyen à travers deux sujets qui mènent souvent à des controverses scientifiques. Si vous ne vous souvenez plus de ce qu’est une controverse scientifique, je vous invite à relire cet article !

Le premier sujet proposé est l’humain augmenté. Sujet qui peut donc amener aux notions de post- et transhumanisme. Le post-humanisme prône une confiance presque totale dans les sciences et le progrès et cherche à les utiliser pour améliorer l’être humain ; c’est presque une sorte de croyance. Le transhumanisme, bien que très proche, utilise également les progrès techniques pour améliorer l’être humain. En revanche, il ne cherche pas forcément à remplacer la nature humaine ou à créer un nouvel être humain.

L’autre sujet de débat est la biologie de synthèse. Il s’agit d’un domaine scientifique qui combine la biologie et les principes d’ingénierie afin de créer des systèmes biologiques qui reproduisent le comportement de systèmes naturels ou qui créent des fonctions nouvelles absentes dans la nature, voire inconnues.

 

Comment ce jeu peut-il initier à la démarche scientifique ?

Dans les deux cas, il est donc très intéressant de discuter des questions éthiques soulevées par ces domaines scientifiques. Doit-on encourager le progrès pour le progrès ? Est-ce le rôle des sciences de chercher forcément à surpasser la nature ? Bien sûr, il faudra adapter les questions à l’âge et aux connaissances des publics ! Pensez médiation ! On s’adapte à son public : que sait-il ? Que peut-il apporter à ces débats ? Quels échanges peut-il faire naître ?

Ce jeu est vraiment très pertinent pour permettre aux publics de se forger un esprit critique et surtout pour les initier aux problèmes éthiques qui peuvent être soulevés par les sciences. Il existe encore un grand fossé entre les scientifiques et les publics. Leur proposer de tels sujets de réflexion est donc une bonne manière pour leur permettre de se réapproprier des sujets scientifiques un peu “sensibles”. Cela leur permet aussi de réfléchir, de proposer des solutions, de discuter… Ils pourront ainsi se forger leur propre opinion, scientifiquement éclairée, sur ces sujets. Mais aussi, et surtout ! Ils acquerront une certaine méthode et un certain scepticisme. Ceci pourra les protéger contre les “fake news” et autres théories “complotistes”.

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© Pixabay.

 

Un apprentissage de l’esprit d’équipe

Nous avons parlé plusieurs fois des “Escape Game”, ces jeux de résolution d’énigmes en équipe. Vous vous rappelez ? Je vous en avais parlé dans cet article, lorsque je vous ai raconté mon expérience de Luminopolis, à Cap Sciences. Souvent, vous êtes enfermé.e.s dans une ou plusieurs pièces et il vous faut résoudre des énigmes pour pouvoir vous échapper. Mais, pas de panique, vous êtes rarement seul.e.s ! Au contraire, les “Escape Game”, on y joue souvent en équipe : entre 3 et 6 personnes la plupart du temps.

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© Claude Verrier via Flickr.

Pourquoi est-ce que je vous dit tout cela ? Tout simplement parce que le fait de jouer à plusieurs n’est pas anodin. C’est même une très bonne manière de s’initier, une fois encore, à la démarche scientifique. En effet, il vous faut résoudre des énigmes : des rébus, des puzzles, chercher des clés ou des portes dérobées. Seulement, vous n’avez souvent qu’une heure pour réussir l’épreuve et il est donc important de se répartir le travail, chacun fouillant et étudiant une zone de la pièce. Ensuite, il faut mettre en commun ce qui a été découvert, donc communiquer et échanger. Parfois, il vous faudra même confronter vos idées et vos hypothèses, voire même démontrer que la proposition faite par l’un des membres de l’équipe est fausse. Ce sera donc un très bon entrainement à la discussion et à l’apprentissage de la diplomatie !

Pour moi, les “Escape Game” sont donc de très bons outils de médiation scientifique. Et si en plus il porte sur un sujet scientifique, la lumière pour Luminopolis, l’espace pour Panique dans l’Espace ou les mathématiques pour Le Testament d’Evariste, alors c’est encore mieux ! Car, non seulement les publics s’initient à une partie de la démarche scientifique, mais en plus, ils engrangent des connaissances. Et le meilleur dans tout cela, c’est qu’ils le font sans s’en rendre compte. Or, j’ai de plus en plus l’impression qu’aujourd’hui on est dans une phase de transition. Les publics (et les scolaires) semblent vouloir obtenir les savoirs par eux-mêmes et ne plus les avoir directement à disposition. Les “Escape Game” sont donc tout à fait intéressants et montrent bien que ce type de jeu est pertinent pour l’apprentissage de la démarche scientifique. Pour la médiation scientifique en revanche, cela dépend des dispositions qui auront été prises par l’institution muséale…

 

Une ouverture à la créativité

Et si on s’intéressait maintenant aux jeux de société en eux-mêmes ? Peuvent-ils aussi être intéressants pour l’apprentissage de la démarche scientifique ? Voire même pour la médiation scientifique ?

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© Carousell.

J’ai envie de prendre en exemple le jeu Dixit. Vous le connaissez ? Vendu aux éditions Libellud, ce jeu utilise des cartes magnifiquement dessinées. Le principe ? Il se joue avec au moins 3 joueurs, chaque joueur recevant 6 cartes. À chaque tour, un joueur devient le “conteur” et propose une phrase ou un mot pour décrire une carte qu’il aura choisie. Mais, attention, cette proposition ne doit pas être trop simple, car il ne faut pas que tous les autres joueurs trouvent la carte, seulement quelques uns.

Quel rapport avec les sciences ? L’association ConnecTions a proposé ce jeu lors du début de la formation de médiation scientifique du CNAM. En effet, les cartes sont si riches et si expressives qu’il est tout à fait possible d’utiliser ce jeu comme dispositif pour la médiation. Il permet de laisser s’exprimer l’imagination et la créativité. Il permet également de communiquer et d’échanger et surtout il va demander aux publics de réfléchir. Ils doivent voir au-delà des dessins, “lire à travers les lignes” et réfléchir à des notions de sciences ou de communication scientifique.

Encore une fois, cela peut les aider à développer leur esprit d’analyse et leur esprit critique car ils apprendront à ne plus s’arrêter à la première impression, mais au contraire, à aller au-delà.

Bien sûr, je n’ai cité qu’un seul exemple, ils existent pléthore de jeux de société qui peuvent être très pertinents pour l’apprentissage de la démarche scientifique. D’ailleurs, vous en connaissez peut-être ?

 

Conclusion (Ce qu’il faut retenir)

Je vous ai proposé quelques exemples de jeux existants. Des jeux qui sont facilement accessibles aux différents publics. Et j’espère que vous compris à travers ces quelques propositions l’intérêt de les utiliser.

Pour résumer, pourquoi est-il intéressant de faire jouer les publics à ces jeux ? Cela permet l’apprentissage de certaines étapes de la démarche scientifique : recherche documentaire, recoupement des sources, travail d’équipe, communication et diffusion des résultats, ouverture à l’esprit critique et développement de la créativité. Bref, pour moi, l’utilisation des jeux est vraiment bénéfique !

De plus, ils répondent à l’air du temps et aux nouvelles demandes des publics : la création et l’obtention des savoirs par eux-mêmes, en autonomie. Car, comme je l’ai déjà souvent dit, les publics sont de moins en moins demandeurs de discussions unilatérales. Au contraire, ils semblent plutôt vouloir apporter leurs propres connaissances et échanger avec les institutions et les scientifiques. Le jeu pourrait donc être un bon vecteur pour ces nouvelles approches…

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© Pixabay.

 

Qu’en pensez-vous ? Est-ce une bonne idée d’utiliser les jeux pour initier les publics à la démarche scientifique ?

 

Sources :

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1 Comment

  1. […] en médiation scientifique (mais je me suis quand même rattrapée avec un article, à retrouver ici), sur les échecs de la communication scientifique ou sur les nouvelles expériences de visite. […]

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