sciences, politiques, STS, sciences et techniques dans la société

Sciences et politiques : sont-elles vraiment indépendantes ?

Sciences et politiques sont-elles intrinsèquement liées ?

 

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Historiquement, dès le 19ème siècle, la science a été associée aux progrès et, malgré la survenue de diverses controverses issues de la société, certaines élites ont continué d’affirmer que la science est essentielle et nécessaire à la bonne marche de la société. Pourtant, la course aux progrès s’accompagne forcément de risques. Des risques qu’il faut être capable d’évaluer et de gérer. Mais à qui incombe ces tâches ?

De plus, depuis toujours, sciences et puissances sont étroitement liées. En effet, pour certains, la science est une possibilité de fournir un schéma directeur pour l’univers et la société. C’est notamment sur cette vision utopique de la science que des régimes totalitaires se sont fondés.

Il est donc possible de s’interroger : les puissances peuvent-elles effectivement s’appuyer sur les sciences pour gouverner ? Et doivent-elles être les seules à les gérer et les encadrer ?

 

Les sciences à l’origine des risques ?

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La majorité de nos sociétés actuelles se sont développées grâce aux sciences et aux progrès. Or le progrès a toujours été associé à une notion de risque. Avant toute chose, afin que nous soyons sûr de tous parler de la même chose, on va s’arrêter sur quelques définitions.

Notions de progrès : action d’aller vers l’avant, de s’accroître et de s’améliorer (d’après La Toupie).

Notions de risque : implique la combinaison d’un aléa et d’un enjeu. L’aléa étant un événement ou un danger qui peut affecter notre environnement. L’enjeu étant l’environnement qui peut être affecté par l’événement (d’après l’Académie de Grenoble).

Notions de danger : toute source potentielle de dommage ou d’effet nocif qui peut affecter l’environnement (d’après CCHST). Ce n’est donc qu’une part du risque.

Étant donné que les sciences sont partout et font parties intégrantes de nos sociétés, il est nécessaire de prendre en compte les risques. Certains, liés aux technologies, sont dits “risques industriels” et amènent la question de la responsabilité, donc une dimension politique.

Ces questions de la responsabilité et de la dimension politique conduisent à la nécessité de mettre en place des règles, des normes et des assurances. Tout cela afin de pouvoir évaluer et prévoir ces risques. Cependant, les règles ont été établies lorsque les premiers risques sont apparus, mais elles n’ont pas forcément été revues et actualisées. Elles ne répondent plus forcément aux risques liés aux technologies actuelles, telles que le nucléaire, la chimie, l’écologie ou la génétique. Pourtant ce sont bien ces aléas qui peuvent mener à la destruction de l’espèce humaine.

 

La gestion des risques

À la recherche de responsables

La question de la “responsabilité”, pose la question de qui doit-être responsable ? Qui doit établir les règles ? Qui doit évaluer ? Les États ? Les directeur.trices industriel.le.s ? Les citoyen.ne.s ? Tou.te.s ensemble ? (Si vous commencez à me connaître, je pense que vous aurez compris quelle est ma réponse préférée).

Si on considère les États et les industries comme les responsables, on est en droit de se demander s’ils n’ont pas chercher à pratiquer une certaine “politique de l’autruche”. N’aurait-il pas chercher à minimiser, voire à nier les dangers potentiels à l’aide de discours édulcorés ou de propagandes ? Certain.e.s se seraient appuyé.e.s sur les sciences et les discours techniques, mais en les détournant.

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Cela peut donner l’impression de “on crée d’abord, on observe les conséquences ensuite”. Il ne semble pas y avoir de recul nécessaire pour étudier et comprendre les risques et certains placent les sciences sur un piédestal, en seules décideuses. Or, de telles décisions peuvent avoir des conséquences désastreuses, car les dangers finissent par éclater, surtout dans les pays les plus pauvres. Cela ne nous concerne pas vous dites-vous ? Détrompez-vous ! Au final, ce seront bien les pays riches du nord qui seront touchés par des exodes massifs ou des attentats.

 

Qui devraient définir les risques ?

Actuellement, ce qui est considéré comme un risque n’est pas défini par ceux qui produisent les risques (technicien.ne.s, employé.e.s), mais bien par l’État ou les responsables industriels. Cette façon de faire conduit finalement à l’émergence de nombreuses contradictions et les médias les relaient et les amplifient souvent.

Cependant, ces contradictions peuvent aussi avoir un côté positif, car elles jouent le rôle de signal d’alarme. Elles vont conduire à la “révolte” des citoyen.ne.s qui vont chercher à se faire entendre, à se réapproprier les sciences et ainsi permettre d’imposer de nouvelles thématiques de recherche. C’est notamment ce qu’il s’est passé dans l’ancienne URSS.

Pour autant, redonner le pouvoir aux citoyen.ne.s n’est peut-être pas non plus la solution miracle pour concilier risques liés aux progrès et prospérité. Cependant, le partage des pouvoirs et des décisions entre ceux qui produisent les risques et ceux qui les évaluent est déjà une bonne piste à suivre. Il est important de privilégier également les débats publics et les contre-expertises. Tout cela afin de créer de nouvelles normes impliquant toutes les sciences et la société.

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Quand les puissances utilisent les sciences

Historiquement, la science a été liée à la démocratie avec l’idée qu’elle ne peut s’épanouir que dans les sociétés “libres” et non pas dans des régimes totalitaires. Pourtant, il s’agit avant tout d’un discours politique visant à stigmatiser ces régimes opposés à la démocratie. En effet, l’URSS et l’Allemagne nazie accordaient une large place aux sciences.

 

Les sciences dans les régimes totalitaires

De nombreux régimes ont tenté de rationaliser la gestion de leur pays en s’appuyant sur les sciences. Certains ont poussé loin le concept de La Science comme seule grande décideuse, capable de tout expliquer et tout gérer. C’est ce qui a parfois conduit à l’émergence de régimes totalitaires.

Dans ces régimes, la science est au cœur des préoccupations. Pour autant, elle reste très encadrée et très surveillée et est parfois même détournée pour servir les idées du régime. Les scientifiques travaillent en étroite collaboration, parfois sous surveillance, avec le gouvernement. Il y avait également un contrôle de leurs lectures. Il n’y a aucune possibilité de création en autonomie ; les scientifiques doivent seulement répondre aux désirs du régime.

Ceci s’accompagne d’un contrôle total de certains domaines scientifiques. D’autres sont mêmes supprimés lorsqu’ils ne répondent pas aux sollicitations ou qu’ils contredisent le régime. Ainsi, le régime soviétique dévaluait souvent les sciences sociales, voire les interdisaient, car elles étaient considérées comme ayant un “caractère bourgeois” qui pouvait remettre en cause les principes de la lutte des classes. L’ Allemagne nazie, en revanche, encourageait les sciences sociales, telles que l’anthropologie, mais les détournaient afin de pouvoir définir les “races” du genre humain et légitimer des “races supérieures et inférieures”.

Avec l’effondrement des régimes totalitaires, on aurait pu penser que les sciences auraient été “délivrées”. Bien au contraire…

Les sciences dans les démocraties

Les valeurs liées à la démocratie ont émergé suite aux rationalités créées par les sciences lors de leurs recherches d’explications d’un monde régulier, compréhensible et maîtrisable. La façon de concevoir le monde par les sciences modernes s’étend à la société qu’elle va également chercher à expliquer et à présenter comme prévisible, compréhensible et maîtrisable par les citoyen.ne.s. Dans les démocraties, on étudie surtout les sciences dans des universités et des laboratoires. Des fonds publics et privés financent les projets.

Le monde académique prône l’appartenance à un groupe de recherche et l’épanouissement individuel. Il se veut un rempart contre les pressions étatiques en imposant une distance entre le monde des sciences et le gouvernement. Pour autant, cette vision-là est aussi une utopie…

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Certes, les sciences sont certainement plus “libres”, pour autant, il se pose des questions quant à leur utilisation et leurs responsabilités. Finalement, les régimes démocratiques garantissent-ils vraiment la probité des sciences ? Les sciences peuvent-elles être indépendantes ?

Aujourd’hui, de nouvelles luttes apparaissent entre la société et les buts politiques des gouvernements. De plus en plus de questions éthiques émergent quant à l’utilisation des sciences et les risques qu’ils peuvent faire encourir au genre humain. Il faut donc poser des limites en fonction de la morale et des valeurs. Ceci montre donc que, quelque soit le régime, la science reste malgré tout soumise à des règles de conduite et à des normes.

De plus, le pouvoir de destruction de certaines technologies a éloigné les sciences des préoccupations des citoyen.ne.s. Il est donc important de les replacer au cœur de la société. Un nouveau courant scientifique doit se mettre en place. Un courant qui laisse la part belle aux doutes, aux réflexions éthiques ou encore à l’utilisation de données empiriques. Les systèmes démocratiques doivent ainsi s’assurer que la diversité des sciences est bien prise en compte et que les sciences sociales permettent l’étude des controverses (pour rappel sur ce que c’est, retrouvez mon article ici !).

 

Conclusion (Ce qu’il faut retenir)

Depuis toujours, et en particulier avec les savoirs actuels, de nombreuses personnes essaient de prouver que les sciences et les politiques sont très différentes et qu’il n’y a pas de liens entre elles. Les sciences pourraient alors expliquer le monde en toute objectivité.

En réalité, sciences et politiques s’influencent et sont imbriquées. Peu importe le régime, les sciences sont souvent au cœur des préoccupations et restent encadrées. Le principal problème c’est qu’il n’y a pas de partages de la gestion et de la réglementation des sciences et des risques qu’elles engendrent. Ce sont les puissants, les États et les industriel.le.s, qui appliquent les normes. Pourtant, ce sont bien ceux qui créent les risques qui sont le plus au courant et qui maitrisent au mieux le sujet.

Ceci montre, encore une fois, que les sciences et les sujets de recherche devraient résulter de choix de la société. De plus, la production de savoirs et la gestion des risques associés devrait être socialement distribuée.

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Pensez-vous que les sciences puissent réellement être indépendantes ? Peut-on séparer sciences et pouvoirs ?

 

Sources (autres que celles citées dans l’article) :

  • “De la société industrielle à la société à risques” par Ulrich Beck, publié en 1993, dans la Revue Suisse de Sociologie.
  • “Les deux cultures de la science, ou les limites du positivisme” par Horowitz, publié en 2004, dans La Revue Internationale des Sciences Sociales.
  • “Science, politique et démocratie : un ensemble de propositions” par Dominique Pestre, publié en 2007, dans Le Débat.

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2 Comments

  1. Un danger est toute source potentielle de dommage, de préjudice ou d’effet nocif à l’égard d’une chose ou d’une personne.
    Source https://www.cchst.ca/oshanswers/hsprograms/hazard_risk.html
    Il y a un aspect identification préalable de la nocivité et des dommages pouvant être causés par cette source. Un retour d’expérience, des constats, des statistiques aide à préciser le siège et la cause des dommages. (Noté par moi)
    Exemple l’électricité : les effets connus sont l’électrocution (mort) et l’électrisation (choc).

    Un risque est la probabilité qu’une personne subisse un préjudice ou des effets nocifs pour sa santé en cas d’exposition à un danger.
    Source https://www.cchst.ca/oshanswers/hsprograms/hazard_risk.html
    Exemple l’électricité : le risque est proche de zéro pour une installation électrique conforme à la norme NFC 15100 (France). Il est élevé dans les logements où aucune norme n’est respectée. (Noté par moi)

    D’autres critères servent à peser le danger : (Notés par moi)
    – l’occurrence/gravité :
    Un danger faible de conséquences (griffures en jouant avec un chat) mais une occurrence forte, à l’inverse un danger grave de conséquences (morts) mais une occurrence faible (la chute d’un avion de ligne).

    -L’immédiateté / l’effet à une exposition prolongée :
    Exemple Toucher un fil nu sous tension/ respirer des poussières de charbon
    -La dose
    Exemple la durée d’exposition à des rayons ionisants et/ou son intensité.

    1. Kleine_Morgane says:

      Mercis beaucoup pour ces précisions et ces définitions très détaillées ! Cela va parfaitement enrichir les notions de risques et de dangers !

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