sexisme man contre le seximse, science, genre, sexisme

[Vendredi Lecture] : Seximsme Man Contre Le Seximsme

 … Ou comment sensibiliser au sexisme dans les sciences à travers un guide illustré

 

sexisme man contre le seximse, science, genre, sexisme

Au mois de Février dernier, j’étais au Lyon Sciences Festival, une manifestation mettant la vulgarisation scientifique à l’honneur. Je vous en avais notamment parlé dans cet article, si jamais vous avez besoin de vous rappeler de quoi il s’agit !

Au cours de ce festival, j’ai pu faire de nombreuses rencontres très intéressantes. En particulier celles du dessinateur et illustrateur scientifique Phiip et d’Isabelle Collet, maîtresse d’enseignement et de recherche en sciences de l’éducation à l’Université de Genève. Lors de cette manifestation, ils ont présenté leur œuvre commune : un petit guide en forme de BD et de chroniques sensibilisant au sexisme ordinaire dans le monde des sciences.

C’est donc le sujet de mon article aujourd’hui : vous présenter Seximsme Man Contre le Seximsme ! En effet, le sexisme en sciences me tient de plus en plus à cœur. Nous ne nous rendons pas forcément compte qu’il existe, nous n’avons pas toujours conscience que nous sommes concerné.e.s, que nous le pratiquons ou que nous en sommes victimes. Or, je reste persuadée que les sciences sont “genrées” et, plus particulièrement, masculinisées. Ceci, je vous en avais aussi parlé dans un article, ici.

Et c’est aussi pourquoi je voulais vous parler de ce petit guide, facile et très agréable à lire !

 

Raconter le sexisme en sciences, comment ?

Qui est le mieux placé pour parler de sexisme en sciences ?

Qui est le mieux placé pour parler d’un tel sujet ? Un “ancien” sexiste ? Une “victime” ? Une personne lambda qui ne s’est jamais vraiment sentie concernée ? En réalité, je pense que tout le monde peut (et doit) s’exprimer sur le sujet. Pour autant, il faut être sûr d’avoir toutes les clés en main et de savoir exactement de quoi l’on parle…

Dans Seximsme Man Contre Le Seximsme, la parole est donnée à un sexiste “repenti”, à une chercheuse spécialisée de la question (tant au niveau du domaine scientifique, que personnellement), ainsi qu’à quelques “témointes”.

Le sujet, bien que souvent sensible et polémique, s’amène assez facilement. Les illustrations qui ponctuent le livre amènent de la légèreté et de l’humour. Pour autant, elles ne font pas oublier les questions essentielles. Les textes plus “sérieux” et plus “scientifiques” rappellent ces questions essentielles. Ils sont bien écrits et faciles d’accès, ce qui rend leur lecture très appréciable. Les nombreux sujets s’écrivent sans tabous.

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Des sujets variés abordés

Malheureusement (ou heureusement pour ce petit guide), le sexisme en sciences prend plusieurs formes et touche plusieurs domaines. L’œuvre a donc pu piocher dans ces différents sujets. Il y a de la variabilité et cela donne une impression d’exhaustivité. Les auteur.trice.s décrivent plusieurs sujets :

  • Un rappel historique du sexisme en sciences ;
  • L’absence des figures scientifiques féminines ;
  • L’impact de la société sur la “genrification” des jeunes ;
  • Le sexisme ordinaire au travail ;
  • Les solutions envisageables.

Il y a peut-être des sujets qui vous paraissent avoir déjà été traités en long, en large et en travers, et peut-être d’autres, qui, au contraire, vous paraissent un peu plus flous. Dans tous les cas, ils sont bien expliqués, bien délimités et surtout documentés lorsqu’il le faut. Pas de chiffres lancés au hasard, ou de témoignages du Tonton Jacques qui “un jour a vu que…”. Non, même si ce livre ne fait que 65 pages (je vous avais dit qu’il était rapide à lire), il est écrit par des personnes initiées à la démarche scientifique. Des auteur.trice.s qui connaissent leur sujet et qui sont bien au fait sur les notions de bibliographie. J’ai d’ailleurs été ravie de constater que leur propos était globalement en accord avec ce que j’avais pu lire, étudier et écrire lorsque j’ai réalisé mon article sur la science “genrée”.

 

Raconter le sexisme en sciences, pourquoi ?

Si vous vous posez encore cette question, c’est peut-être que vous ne vous êtes pas forcément rendu.e.s compte de l’ampleur du problème. Ce n’est pas votre faute, cette situation est très sournoise et insidieuse. Elle s’inscrit dans nos mœurs et dans notre société depuis longtemps maintenant.

 

Le sexisme est d’abord un fait de société

La question de l’éducation scientifique des filles se pose depuis rien de moins que l’Antiquité ! Est-ce vraiment important que les femmes aient des notions de sciences ? Oui, mais seulement celles qui seront nécessaires à leur future vie de bonne femme d’intérieur. Donc, un peu d’arithmétique afin de pouvoir tenir les comptes du ménage et surtout de la chimie ! Eh oui ! Sans certaines connaissances chimiques fondamentales, comment les jeunes filles pourraient-elles apprendre à faire un bon soufflé ?

Par contre, point de mathématiques ! C’est totalement en contradiction avec la nature de la femme et risque donc de la rendre stérile (réflexion du XVIIème siècle). Quant est-il aujourd’hui ? Les mathématiques risquent-elles de rendre stériles ? En tout cas, elles n’ont toujours pas la cote auprès des étudiantes…

Donc, l’histoire a favorisé un bon terreau d’idées reçues plus ou moins farfelues (pour rester polie), qui n’existent peut-être plus exactement sous cette forme aujourd’hui, mais qui persistent tout de même. Cela commence dès l’enfance et l’orientation des jeux des enfants (je vous renvoie aux catalogues de jouet à Noël) : poupées pour les filles, voitures pour les garçons (en schématisant, bien sûr). C’est normal, puisque les filles sont d’abord des êtres sensibles, alors que les garçons sont plutôt violents et compétitifs.

Cette sexualisation ne s’arrête pas à l’enfance, au contraire, elle continue d’imprégner la vie de tou.te.s et influe sur l’orientation professionnelle. Les filles seront donc plutôt amenées à travailler dans les métiers d’aide à la personne ou de communication, tandis que les garçons embrasseront les carrières de scientifiques et hommes d’affaires froids, calculateurs et combatifs. Dur dans ces conditions de devenir sage-femme…

 

Il est important de dénoncer le sexisme

Pour pouvoir lutter contre le sexisme, il faut d’abord pouvoir le reconnaître et se rendre compte lorsque nous y sommes confronté.e.s. Cela veut donc dire : être capable d’identifier ce que l’on appelle le “sexisme ordinaire”. Il s’agit de “stéréotypes et de représentations collectives qui se traduisent par des mots, des gestes, des comportements ou des actes qui excluent, marginalisent ou infériorisent les femmes” (d’après Sexisme Ordinaire). Le problème avec ce type de sexisme, c’est qu’il découle entièrement de l’environnement et de la pression sociale. Nous nous y habituons depuis tout.e petit.e et nous risquons donc de ne même pas le remarquer.

Il s’exprime sous différentes formes :

  • Le déni : prêter aux femmes des envies qui seraient “naturelles” et qu’il ne faut pas contrarier, comme leur donner une journée pour gérer leurs enfants et leur ménage. Prennent-elles cette journée par choix ou pour répondre à la pression sociale ?
  • Le sexisme bienveillant : réduire les femmes uniquement à des qualités supposées féminines et ne les féliciter que sur cela. Confier des tâches organisationnelles lors des congrès, mais pas des tâches scientifique, les laisser s’occuper des pots de départ ou des anniversaires… Elles ont un sens de l’organisation inné, alors pourquoi s’en priver ? (Là, je vous avoue que je rigole très franchement quand je pense à certaines de mes copines qui ne savent même pas ce qu’organisation veut dire).
  • L’hostilité : “je plaisante”, “tu prends tout mal”… QuiE n’a pas déjà entendu cette phrase à la suite d’une “blague” sexiste ? On revient à la question : “peut-on rire de tout ?”. Là, je vous laisse décider…

 

Conclusion (Ce qu’il faut retenir)

Seximsme Man Contre le Seximsme est un petit livre, agréable et facile à lire qui permet de traiter de façon accessible un sujet de société parfois assez compliqué. Ses textes accessibles, ses témoignages et ses illustrations rendent la lecture agréable. Cela permet de sensibiliser tout en prenant plaisir à lire.

Pour autant, il n’oublie pas que le sujet est très vaste et qu’il y a beaucoup de choses à traiter. Bien sûr, il ne se veut pas exhaustif, mais cherche plutôt à présenter les diverses problématiques liées au sujet. Surtout, il cherche à sensibiliser les publics et à leur faire comprendre que le sexisme étant très ancré dans nos sociétés. La vigilance est de mise pour le reconnaître et lui faire face.

Le livre propose également quelques solutions. Il faut notamment appeler le sexisme du sexisme. Il existe et cela ne sert donc à rien de l’ignorer. L’entraide est importante : il faut se soutenir et s’appuyer sur des personnes de confiance. Mais, le plus important, c’est qu’il faut en parler ! Continuer à sensibiliser, à expliquer et à éduquer. Qui sait, peut-être qu’un jour, les pages des magazines de jouet seront seulement blanches et plus bleues ou roses…

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Cette chronique vous donne-t-elle envie de lire le livre ? Pensez-vous qu’il existe effectivement du sexisme en sciences ?

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