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Les échecs de la communication scientifique, ce qu’ils nous apprennent

Parce que nous avons tous connu des petits soucis un jour ou l’autre…

 

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Des échecs, nous en rencontrons tous dans notre vie quotidienne. Il y a pléthore de citations et autres expressions à ce sujet. Churchill lui-même disait que “le succès c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme”.

Donc, oui, des erreurs et des échecs nous en faisons et nous en côtoyons partout. Tant dans la vie personnelle que dans la vie professionnelle. Pourtant, au final, c’est ce qui nous fait avancer et nous fait grandir.  Sans échec, nous ne pouvons pas apprendre de nos erreurs.

Le monde de la communication scientifique, et en particulier les événements de communication scientifique, ne fait pas exception. Qu’est-ce que l’on entend par “événement de communication scientifique” ? Si l’on en croit Wikipédia, la communication scientifique correspond à la diffusion des problématiques et des résultats de recherche fondamentale ou appliquée vers un large public. L’événement ici sert d’outil pour la transmission et peut prendre des formes variées : festivals, conférences, mais aussi l’annonce de nouvelles expositions avec un caractère temporaire et sensationnel.

Parfois, ces événements ne sont pas des réussites, voire même carrément des échecs. Pourquoi ? À quoi cela peut-il servir de les analyser ? Quelles leçons tirer de ces erreurs ?

Elodie Chabrol, directrice de Pint of Science France, Robin Jamet, médiateur scientifique au département mathématiques du Palais de la Découverte, Marion Sabourdy, chargée des nouveaux médias au CCSTI (Centre de Culture Scientifique, Technique et Industrielle) de Grenoble, La Casemate, et responsable éditoriale d’Echosciences Grenoble et Pascal Moutet, web project manager et média lab manager à La Casemate ont accepté de témoigner pour nous et de nous livrer leurs réflexions sur le sujet.

 

Des événements de communication scientifique géniaux sur le papier, mais des échecs à l’arrivée

Tous nos témoins ont organisé et assisté à des événements de communication scientifique variés : Pint of Science, la Fête de la Science, le Salon de la Culture et des Jeux Mathématiques, des “hackatons”, des “masterclass”… La plupart se passe très bien, mais d’autres moins, pourquoi ?

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Un manque de temps pour la conception et la préparation

Le CCSTI de La Casemate a travaillé en 2014 sur une application pour smartphone en rapport avec la cristallographie et en lien avec des scientifiques. Cette application, Crystal Z, devait toucher les 15-18 ans et s’appuyait sur une histoire de zombies. Il fallait survivre à une contamination mortelle. Le scénario était bien ficelé, intéressant et avait été créé avec un auteur de science-fiction. Des nouveautés devaient être implémentées tous les jours pendant deux semaines, le temps de la Fête de la Science.

Le développement a été (trop) rapide, seulement 3 mois, sous Apple et Androïd. Ce temps dédié a été beaucoup trop court, ce qui a conduit à une succession de catastrophes techniques : bugs rédhibitoires et mises à jours très longues. Malgré beaucoup d’attentes de la part des publics pour cette application, personne n’a pu suivre l’histoire jusqu’au bout et accomplir les différentes épreuves.

 

Des problèmes de communication et des erreurs dans le ciblage des publics

Pour l’application Crystal Z, il y a eu une grosse part de “teasing” de la part du département de communication.  Il a mis en avant de nombreux savoir-faires techniques et donc suscité beaucoup d’enjeux. Or, les attentes étaient trop importantes par rapport au temps disponible pour le développement. Beaucoup d’aspects scientifiques n’ont pu être développés, ce qui a généré de la déception auprès des publics. Les gens ne pouvaient pas aller au bout de l’aventure et de nombreuses connaissances n’ont pas pu être transmises.

Robin Jamet nous propose l’exemple de la dernière exposition sur les dinosaures qui a eu lieu au Palais de la Découverte du 29 septembre 2015 au 31 juillet 2016 : « Autour des Dinosaures ». La communication autour de cet événement a ciblé un très jeune public (des enfants à partir de 3 ans). Cependant l’exposition n’était vraiment intéressante et accessible qu’à partir de 8 ans. Il y a eu une importante promotion sur des dinosaures automates et animés, alors qu’au final, il y en avait très peu. Le public qui aurait dû être vraiment mis en avant était plutôt les adolescents et les jeunes adultes. Cette communication a certes amené beaucoup de monde, avec beaucoup d’attente à l’entrée. Pourtant elle s’est finalement soldée par une importante déception chez de nombreux visiteurs. Cette exposition n’a donc pas été vendue pour ce qu’elle était.

Un tel décalage dans la communication peut être le symbole des problèmes que rencontrent des structures de communication scientifique trop grandes. En effet, cela crée beaucoup de distances, et donc d’incompréhensions, entre les gens qui conçoivent les expositions ou les manifestations et ceux qui les communiquent. Pour ces derniers, c’est souvent plus compliqué de savoir à quels publics s’adresser et quoi leur communiquer s’ils n’ont pas participé ou suivi directement la création des animations. Il en ressort donc souvent une campagne de communication trop commerciale et institutionnelle.

À l’oral aussi une mauvaise étude de son public peut avoir des impacts négatifs. Par exemple, lors d’une rencontre Pint of Science sur le thème de l’épilepsie, un grand spécialiste a fait une présentation devant un public d’environ 30 ans. Il a voulu faire une blague pour illustrer son propos en citant une publicité du début des années ’80. Celle-ci n’était donc quasiment pas connue de son public. Sa référence est alors tombée à l’eau. Ceci l’a énormément déstabilisé et lui a fait perdre confiance pour la suite de son discours.

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Des discours non adaptés aux publics visés

Lorsque l’on communique directement avec les publics, en particulier à l’oral, il est très important de faire attention aux supports et au vocabulaire employé. Ainsi, les graphiques avec de nombreuses données, souvent présentés en congrès scientifique, sont à proscrire lors d’événements grand public. Ils sont souvent trop complexes, peu expliqués et les publics s’y perdent. Le “jargon caché”, c’est-à-dire des termes communément utilisés par les scientifiques, mais qui ont un sens différent pour le public (“modèle”, “sensibilité”, “expression”), est à surveiller et à bannir car il peut aussi perdre l’auditoire.

Dans le cadre d’un événement tel que Pint of Science qui cherche à démystifier les sciences, ces erreurs de communication peuvent être contre-productives. Le public risque en effet de se sentir stupide et incompris. Pour éviter cela, il est intéressant de s’entraîner devant des proches non scientifiques. Ils vont ainsi pouvoir pointer ces éléments de jargon.

 

Quelles leçons tirées de ces échecs ?

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Ne pas négliger les délais et les étapes de tests pour la conception d’un projet de communication scientifique

Il est important de bien prendre en compte les délais de conception d’un atelier ou d’une animation (comme une application) et de s’interroger sur la faisabilité et le temps disponible pour le développer. Particulièrement si sa création rentre dans le cadre d’un événement particulier, tel que la Fête de la Science. Avant de se lancer dans un projet conséquent, il vaut mieux prévoir un test, comme un petit jeu numérique. Ce test doit être assez simple dans sa conception et son utilisation. On étudie ensuite les retombées, et si elles sont positives, on se lance dans le développement d’une animation plus complexe.

La conception de projets scientifiques doit également se faire en collaboration avec des scientifiques. Pour autant, il faut bien indiquer quelles sont les limites des compétences entre ces derniers et les agents de communication scientifique. Il est également important d’indiquer l’intérêt de diffuser les sciences avec des supports originaux et ludiques. Pourtant, il ne vaut mieux pas confier le “story-telling” des projets directement aux scientifiques. En effet, cela peut souvent entrainer une perte de temps importante. Il vaut donc mieux faire appel à un comité scientifique réunissant différents acteurs des sciences.

 

Bien cibler ses publics et travailler en collaboration sur la communication

La partie communication est essentielle : le public ciblé et la campagne de communication doivent être mûrement réfléchis, et ces réflexions doivent autant impliquer les concepteurs des projets que les agents chargés de leur communication. Il ne faut pas non plus négliger les réseaux personnels des concepteurs. C’est en effet souvent à travers eux que l’on peut cibler efficacement les publics pertinents. De plus, il ne faut pas non plus négliger les délais nécessaires pour la constitution de la campagne de communication et sa diffusion. Il est important de bien anticiper, car c’est réellement un “métier en soi” : accueil du public, création d’affiches claires et graphiques, diffusion dans des endroits stratégiques… Il faut donc savoir s’entourer, notamment si l’on ne possède pas soi-même des talents de graphisme ou d’écriture.

Le choix du titre du projet est également primordial. Il ne doit pas vendre autre chose que ce qu’il y a dans le projet. Il ne faut donc pas le créer en tout premier. On ne doit toutefois pas y penser à la toute fin non plus ! En effet, il est nécessaire à la campagne de communication. Robin Jamet a cité l’exemple d’un groupe d’élèves de collège qui avait le choix entre deux expositions. La première était sur la force de Coriolis et avait pour lieu un véritable manège, mais un titre assez banal : “Le manège, force de Coriolis”. La deuxième, sur le thème des arômes et des parfums, avait un format assez classique (panneaux de textes), mais un titre accrocheur : “Couleur café”. La majorité des élèves a choisi cette deuxième exposition.

Le ciblage des publics passe aussi par l’adaptation des connaissances transmises. Il faut rendre les sciences accessibles, sans pour autant simplifier à outrance. Pour cela, il est donc important de bien les connaître. Il faut chercher à savoir ce qu’ils connaissent et ce à quoi ils s’intéressent.

La transmission de ces connaissances passe mieux lorsque l’on ajoute une dimension “humaine”. Lorsque l’on raconte une histoire faisant appel aux émotions et lorsque ces savoirs s’inscrivent dans un contexte actuel et social. Il faut, dans tous les cas, éviter de réciter par cœur un discours qui aurait été travaillé pendant plusieurs mois. Au contraire, il vaut mieux chercher à discuter et à partager sa passion.

 

Ce qu’il faut retenir : toujours rebondir et ne pas se laisser abattre

Le conseil sûrement le plus important, finalement, est de toujours chercher à rebondir à la suite d’un échec. Dans le cas de l’application numérique de La Casemate, d’autres projets numériques naquirent en suivant et furent de véritables succès. Tels que l’organisation de la Scientific Game Jam en mars 2017 où il fallait développer en 48h un jeu vidéo en rapport avec un thème de recherche proposé par des doctorants ou la plateforme Echosciences qui permet de recenser différentes actions et réflexions autour de la communication scientifique.

Dans le cas des communications orales, les échecs sont souvent inévitables, surtout les premières fois. Il est donc important d’être capable de rebondir et d’apprendre à faire des “pirouettes”. Cela peut sauver la fin de la présentation. Des formations existent, bien sûr, et sont très pertinentes pour apprendre à bien s’exprimer face à divers publics.

Je laisserai Lao Tseu conclure cet article et vous rappeler que “l’échec est le fondement de la réussite”. Donc n’hésitez plus et n’ayez pas peur de vous tromper !

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Avez-vous vous aussi connu des échecs ? Qu’en avez-vous appris ? Vous ont-ils apporté quelque chose ?

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