Produits naturels, produits chimiques, STS, Opinion publique

Produits chimiques, produits naturels, pourquoi s’opposent-ils dans l’opinion publique ?

Le chimique, le naturel… Faut-il réellement opposer ces deux concepts ?

 

Produits naturels, produits chimiques, STS, Opinion publique

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N’a-t-on pas souvent entendu dire que tout ce qui était « naturel » était forcément sain et bon pour l’environnement ? Et que tout ce qui était « chimique » était toxique et nocif ? Dans l’opinion publique, ces deux termes sont très souvent opposés, mais surtout très galvaudés. Ce sont des termes « parapluie » qui regroupent de nombreuses notions différentes : hygiène, environnement, agriculture biologique, toxicité… Difficile pour les publics de s’y retrouver. Surtout que dans beaucoup de pays de l’Union Européenne, et particulièrement en France, les débats opposant les notions de produits « naturels » aux notions de produits « chimiques » semblent sans fin, et même, parfois, assez vains.

Pourtant, qu’est-ce que l’opinion publique entend réellement par « produit naturel » et par « produit chimique » ? Le « naturel » doit-il forcément faire référence à quelque chose de sain et de bon pour la santé et l’environnement ? Le « chimique » doit-il forcément faire référence à la toxicité et la dangerosité ?

 

Les produits naturels sont-ils forcément « bons » pour la santé et l’environnement ?

Produits naturels, produits chimiques, STS, Opinion publique © Pixabay

 

Qu’appelle-t-on produit « naturel » ?

Dans l’opinion publique, un produit « naturel », donc issu de la nature et n’ayant subi aucune transformation (qui est finalement livré tel que la nature l’a créé) est forcément bon pour la santé : alimentation, cosmétique, produits ménagers… Si c’est naturel, alors ce n’est pas nocif pour les êtres vivants.

D’un point de vu légal, si l’on s’en réfère au REACH (Registration, Evaluation, Authorization and Restriction of Chemicals), règlement européen entré en vigueur en 2007, une substance naturelle est « telle quelle, non traitée ou traitée uniquement par des moyens manuels mécaniques ou gravitationnels, par dissolution dans l’eau, par flottaison, par extraction par l’eau, par distillation à la vapeur ou par chauffage uniquement pour éliminer l’eau ou est extraite de l’air par un quelconque moyen ». Nous noterons bien ici qu’il n’est absolument pas fait mention d’un quelconque rapport avec la santé ou l’environnement et que le « naturel » n’est aucunement lié a une idée d’innocuité.

D’ailleurs, si je vous posais moi-même la question : « qu’est-ce qu’un produit naturel ? », vous pourriez tout à fait me répondre un fruit ou un légume. Mais aussi le venin de n’importe quel animal venimeux, la cocaïne ou encore le virus du VIH. Ces derniers sont parfaitement naturels, ils existent tels quels dans la nature, sans modifications humaines, et pourtant nous ne pouvons pas dire qu’ils sont « bons » pour la santé.

 

Pourquoi une telle confusion ?

L’industrie agro-alimentaire encourage cette confusion entre le « naturel » et le sain (que ce soit pour l’être humain ou l’environnement), en particulier avec l’essor de l’agriculture biologique.

En France, cette agriculture s’est installée dans les années ‘50, d’abord comme un refus à l’intensification agricole et au recours excessifs aux intrants chimiques, ensuite comme une prise de conscience des limites de la société de consommation et des ressources énergétiques. C’était particulièrement le cas dans les années ‘70 à la suite des crises pétrolières. Historiquement, ce type d’agriculture est donc fortement lié à des questions environnementales et sociétales du « mieux vivre et mieux manger ».

Nous pouvons ainsi comprendre les amalgames possibles entre « naturel », « bon » et « bio ». Amalgames qui sont maintenus grâce au marketing de la grande distribution : on ne compte plus les produits ménagers qui fleurent bon la lavande ou le savon de Marseille et qui nous montrent de belles prairies bien vertes pour rappeler que l’être humain est capable d’allier nature, tradition et performances… En réalité, lorsque nous épluchons les étiquettes, le savon de Marseille « naturel » contient du formaldéhyde, un gaz très irritant et classé « cancérigène certain » par le Centre International de Recherche sur le Cancer (étude UFC-Que Choisir de 2004). De même pour de nombreux produits dits « bio », mais qui en réalité ne respectent pas du tout les chartes de l’agriculture biologique.

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Le naturel n’a rien à voir avec le « bon »

Un produit « naturel » n’est donc absolument pas synonyme de « bon » et d’innocuité. Légalement parlant, c’est juste un produit qui n’a pas besoin de la main humaine pour exister. Seulement, ce terme a ensuite été largement galvaudé, notamment à travers les campagnes marketing.

On continue de faire croire à l’opinion publique que le « naturel » est « bon », et les campagnes pro-agriculture biologique ne font pas exception. Certes, cette agriculture n’utilise aucun pesticide chimique, mais cela ne l’empêche pas d’avoir recours à des pesticides naturels (au sens où REACH l’a défini), tels que la bouillie bordelaise. Donc, effectivement non chimiques, mais quand même toxiques puisque ce sont des pesticides.

De même, dire que l’agriculture biologique est forcément bonne pour l’environnement, cela dépend des critères que nous regardons. En effet, en quoi est-ce meilleur pour l’environnement d’importer des bananes issues d’agriculture biologique, mais qui sont finalement produites en Équateur ? Quid de la pollution due aux transports ou des législations environnementales beaucoup moins contraignantes ? Le label « bio » ne fait donc pas tout…

 

Tout ce qui est chimique est-il forcément nocif ? 

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Le produit chimique, forcément non naturel ?

Comme précédemment, qu’entend-t-on par « chimique » ? À quoi ce terme fait-il allusion dans l’opinion publique ? Très souvent, le terme « produit chimique » a une connotation négative et, pour le grand public, ce qui est « chimique » est forcément dangereux et s’oppose au « naturel ».

Pourtant, comme nous l’avons vu, les produits naturels ne sont pas forcément sains. De même, un produit « chimique » n’est absolument pas synonyme de nocif et de non naturel. Bien au contraire, tout ce qui nous entoure, des objets créés par l’être humain (effectivement non naturels), à l’air que nous respirons, en passant par les plantes et les animaux, est « chimique ». Tout est constitué d’atomes reliés les uns aux autres par des liaisons chimiques pour former des molécules. Donc, opposer les « produits chimiques » aux « produits naturels » n’a pas de sens, puisqu’en réalité les produits naturels sont eux-mêmes de nature chimique.

 

En fait par « chimique », entendons « artificiel »

Pourtant, il n’est quand même pas tout à fait infondé de prendre en compte l’inquiétude de l’opinion publique pour ce qui est « chimique ». En effet, il est intéressant de noter la dimension « artificielle » que l’opinion publique donne à ce terme et qui rappelle donc que, pour elle, ce qui est « chimique » est une création de l’être humain. C’est le cas des biotechnologies par exemple.

À partir de là, nous imaginons mieux les inquiétudes que le public peut avoir. Prenons l’exemple des OGM (Organismes Génétiquement Modifiés), un rapport Eurobaromètre sur les biotechnologies de 2010 révèle que 84% des Européens ont un avis majoritairement négatif sur les OGM (85% des Français) et que pour 70% d’entre eux les aliments comprenant des OGM ne sont pas naturels. De plus, la majorité d’entre eux considèrent les OGM comme des produits à risque, tant pour la santé, que pour l’environnement. Avec cette étude, nous pouvons donc voir clairement comment les publics ont pu faire le lien, certes biaisé, entre ce qui est créé par l’être humain (donc, non naturel) et ce qui est dangereux.

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Malgré tout, l’opinion des citoyens envers les OGM est-elle si mauvaise ? La question peut se poser en effet. Si nous regardons un autre sondage CSA de 2007, nous nous apercevons qu’en réalité 52% des français seraient favorables à une culture encadrée des OGM.

Alors pourquoi les sondages donnent-ils des résultats si différents ? Les pro- ou anti-OGM manipulent-ils les résultats ? En réalité, c’est plutôt une mauvaise information et l’absence de débats rationnels sur le sujet qui conduit les publics à changer facilement d’avis. De plus, les sondages utilisent souvent des questionnaires fermés et des questions formulées de telle sorte qu’elles biaisent les réponses. Ces techniques ne doivent pas forcément remettre en cause l’utilité des sondages, mais plutôt questionner sur l’importance de bien informer les publics sur le sujet des OGM (et des biotechnologies en général). Ceci afin qu’ils puissent se forger une opinion scientifiquement éclairée et ainsi éviter les amalgames entre « chimique » égal « mauvais » ou « naturel » égal « bon ».

 

Conclusion (Ce qu’il faut retenir)

Produit « chimique », produit « naturel », deux termes qui se retrouvent fréquemment opposés dans l’opinion publique. Pourtant, il est intéressant de noter que des définitions claires et précises existent bien pour ces deux termes. Or aucune ne fait mention d’un quelconque rapport avec des notions de santé ou de dangerosité.

En outre, il apparaît bien que tout élément (naturel ou non) est chimique. Une opposition entre ces deux termes semble donc n’avoir aucun sens. Alors pourquoi l’opinion publique continue-t-elle à le faire ? Il semblerait que ce soit surtout un problème d’information. Les publics sont mal, voire pas du tout, informés sur ces notions. En particulier sur les débats liés aux biotechnologies. Ils sont seuls, souvent à la merci des grosses firmes. Ces dernières, à l’aide de campagnes marketing choc, continuent d’entretenir la confusion.

Finalement, ce (vain) débat pourrait être vu comme une sorte d’illustration de ce qui préoccupe beaucoup le monde scientifique actuellement : les « fake news » et autres théories « complotistes » qui manipulent une opinion publique souvent démunie, car pas assez initiée à la démarche scientifique et à l’exercice de l’esprit critique.

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© Kastet

 

Et pour vous ? Faut-il opposer le naturel ou chimique ? Pourquoi pensez-vous qu’il existe ces amalgames ?

 

Sources :

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