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Qu’est-ce qu’une science ?

Comment peut-on définir une discipline “scientifique” ?

 

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À ce jour, il existe de nombreux domaines scientifiques. Des très connus, tels que les mathématiques, la biologie ou la physique. Des moins connus, comme l’anthropologie ou l’éthologie. Parmi eux, certains sont relativement récents, tels que la sociologie.

Cette diversité peut être vue comme une force, mais parfois aussi comme une faiblesse. En effet, des disciplines vont parfois être attaquées, car pas assez “scientifiques”, c’est notamment le cas de la sociologie. En effet, il lui est de temps en temps reproché d’être trop irrationnelle, de trop se baser sur des croyances.

Ces critiques sont-elles justifiées ? Sur quels critères s’appuie-t-on pour émettre ces jugements ? Existent-t-ils des mot-clés permettant de définir la Science (avec un grand “S”) ? La Science se distingue-t-elle des savoirs ?

Beaucoup de questions, mais, vous allez le voir, pas de réponses simples…

 

Des questionnements historiques

Des débats anciens au sein même de la Science

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Ces débats entre ce qui peut être considéré comme “scientifique” ou non sont en réalité presque éternels et hérités de la Grèce Antique. Ils ont évolué avec la construction de la société et perdurent encore aujourd’hui.

De plus, des dissensions existent au sein même de la Science. Vaut-il mieux utiliser les sciences empiriques ou les sciences rationalistes ? Les premières sont basées sur l’expérience. Il s’agissait du travail manuel pour les Grecs du IVè siècle av. J.C. Les sciences rationalistes, elles, ne valorisent que les pouvoirs de l’intellect et le raisonnement pur. Cette fois-ci, il s’agissait du travail intellectuel pour les Grecs anciens.

L’image de la Science est donc questionnée et étudiée depuis très longtemps, notamment par des historiens des sciences. Pourtant, même si leurs études sont pertinentes et de qualité, elles comporteront souvent (toujours) des biais. En effet, l’interprétation des études risque de différer d’un historien à l’autre.

 

Exemple avec Galilée : pionnier de la “science nouvelle”

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Pour certains historiens des sciences, Galilée est un des pionniers de la “science nouvelle”, alors fondée sur l’expérimentation et le tâtonnement. Pour la mettre en place, il lui aurait fallu abattre beaucoup de travail et consentir à certains sacrifices. En effet, Galilée devait faire face à de nombreux obstacles dus à la façon dont étaient étudiées les sciences à son époque.

Il lui a ainsi fallu mettre en place de nouveaux concepts et un nouvel outillage mathématiques. Il a également dû formuler une nouvelle “philosophie de la nature”.

La “science nouvelle”, pour Galilée, s’est donc surtout illustrée à travers des expérimentations. Certaines étaient destinées à confirmer une théorie, d’autres à découvrir de nouvelles connaissances (expériences heuristiques). Il a notamment imaginé une expérience permettant d’étudier la théorie de la chute libre. Cette démarche lui a permis de transposer un problème complexe en un autre, plus facile à traiter expérimentalement. Il a ainsi obtenu un certain nombres de mesures et de résultats. Cependant, la “trop bonne qualité” de ces mesures a conduit à de vifs débats et controverses.

 

Galilée : “expérimentateur” ou “intellectuel” ?

Pour l’historien Alexandre Koyré, il était impossible que Galilée obtienne une telle précision de mesure avec les moyens qu’il avait à disposition. Ce dernier était un “platonicien” qui ne fonctionnait, en réalité, qu’avec l’intellect et le raisonnement pur. Les expériences étaient en fait totalement inutiles. Alexandre Koyré, fort de ces affirmations, n’a donc pas jugé bon de refaire par lui-même ces prétendues expériences.

À ces oppositions, d’autres historiens, tels que Thomas Settle ou Drake, ont répondu, qu’au contraire, les protocoles mis en place par Galilée étaient tout à fait recevables et même répétables. En effet, ils ont obtenu quasiment les mêmes résultats. De plus, certaines théories défendues par Galilée n’auraient pas pu être confirmées par le raisonnement seul au vu des connaissances de l’époque.

Malgré tout, il ne faut pas tomber dans l’extrême inverse, à l’instar de Drake, et estimer que Galilée n’aurait jamais eu recours aux raisonnements et calculs théoriques.

 

Relater les débats scientifiques historiques : un exercice difficile

Cet exemple sur les études de Galilée indique donc qu’il est compliqué de relater l’histoire des sciences et les débats scientifiques. Tout d’abord d’un point de vu chronologique : comment être sûr que Galilée a bien réalisé les expériences au moment où il le prétend ? Et aussi d’un point de vu de la neutralité. En effet, consciemment ou non, l’historien risque de prêter à la personnes étudiée des qualités, des façons de faire et de penser qui lui sont chères. Ceci va donc biaiser l’histoire des sciences, ce qui peut conduire à de fausses interprétations.

Dans l’histoire de Galilée, il est donc très vraisemblable que cet éminent savant ne soit pas seulement un adepte de la science moderne. Au contraire, il a probablement conservé des principes issus de ses prédécesseurs et il aura sûrement tout autant utilisé le raisonnement pur de l’idéal archaïque d’Aristote que “l’expérience” issue d’une “science nouvelle” dont il est le pionnier.

Cet exemple montre bien qu’il faut toujours faire preuve de nuances lorsque l’on interprète des travaux scientifiques. De plus, il faut garder un esprit critique en cherchant, si cela est possible, à vérifier les allégations par soi-même.

 

La Science : une définition qui évolue avec le temps

S’il est si difficile de donner une définition de ce qu’est la “Science”, c’est parce que cette notion a beaucoup évolué avec le temps.

La définition est en réalité très fortement liée aux changements de rapport au monde des citoyen.ne.s. Ainsi, par exemple, les Grecs ne parlaient-ils jamais de “sciences” et de “techniques”. La science dite “moderne” apparaît finalement assez tardivement.

 

La Révolution scientifique

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Ce thème, bien que soumis à controverse, émerge entre le 16ème et le 18ème siècle.

Cela commence tout d’abord avec Copernic, aux alentours de 1540. Plusieurs paradigmes (visions du monde) incommensurables s’affrontent à cette époque. La Terre est-elle, oui ou non, au centre du système solaire ? En effet, pour les “anciens” (Aristote, Ptolémé), le monde est clos et le système solaire est géocentré. Or de nouveaux courants de pensées, appuyés par des résultats scientifiques, font passer à une vision du monde où c’est finalement le Soleil qui est au centre du système solaire.

Il y a alors passage d’un monde observé à un monde qui est expérimenté. C’est le début de la construction des instruments de mesure et le “scientifique” passe d’un mode passif à un mode actif.

Cette transformation s’accompagne d’un véritable remodelage de la société. Alors qu’avec “l’ancienne science”, on avait un monde cohérent avec la religion (en particulier La Bible) et parfait, la science “nouvelle”, elle, remet les fondements de la société en question. Tout d’abord les affirmations de La Bible sont contestées, de plus au-delà de La Lune, on sort d’un monde parfait. Les planètes ne suivent pas des trajectoires circulaires et la vitesse sur leur parcours n’est pas homogène. Le monde apparaît finalement “compliqué” et non harmonieux…

 

Qui dit nouvelle science, dit nouveaux critères

L’émergence de cette nouvelle science fondée sur l’expérimentation se confronte à des questions originales :

  • Qu’est-ce qu’on “voit” avec un instrument ?
  • Comment créer un modèle mathématiques répondant à ces observations ?

Les savants de l’époque vont donc devoir “inventer” la majorité des concepts qui nous sont relativement familiers aujourd’hui. Ils vont devoir définir ce qu”est une “mesure”, ce qu’est une “expérience”. La validité des résultats ne passera plus seulement par des discussions ou des raisonnements, mais aussi par la notion de “reproductibilité”.

C’est également à cette époque que la science va se construire en opposition à la “non-science”. Cette dernière regroupera alors toutes les croyances et les pensées irrationnelles.

 

Conclusion (Ce qu’il faut retenir)

La question de départ posée était : “comment peut-on définir une discipline scientifique ?”.

À première vue, la réponse paraît assez simple. Une science se doit d’être basée sur des hypothèses et des faits, respecter la “démarche scientifique (dont je vous ai parlé ici), être soumise à des protocoles très cadrés… Pourtant, lorsque l’on regarde l’histoire des sciences, nous nous apercevons que la réponse est beaucoup plus complexe.

Tout d’abord car la notion de “science” a évolué en fonction des époques et en fonction des visions du monde adoptées par la société. Ce qui avant pouvait être associé à du travail manuel, à l’astrologie ou aux croyances, apparaît maintenant comme totalement rationnel.

De plus, comment peut-on distinguer la science des “savoirs” (en général) ? Est-ce parce qu’elle est soumise à des protocoles et à une démarche expérimentale ? Est-ce parce qu’elle propose un discours “fidèle” sur la réalité ? Ou parce que sont des individus et des laboratoires qui la créent, des personnes qui pourraient alors s’apparenter à une “tribu” ? Une tribu qui aurait ses propres normes, règles et croyances.

Finalement, définir “simplement” la Science pourrait être l’étude d’une vie. Et cette difficulté se reflète encore aujourd’hui lorsque l’on voit la méfiance qu’il peut y avoir à l’égard de certaines sciences sociales…

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Pour vous, peut-on facilement définir la Science ? Quels seraient les critères essentiels d’une discipline pour qu’elle soit considérée comme “scientifique” ?

Sources :

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