Tintin, sciences, communication scientifique, culture populaire

Les sciences dans Tintin

Les albums de Tintin peuvent-ils être considérés comme des « passeurs de sciences » ?

Tintin, sciences, communication scientifique, culture populaire

© Tom Hilton

Et si nous parlions de sciences et de Tintin ? Êtes-vous « tininophile » ? En tout cas, vous avez certainement déjà entendu parler de ce jeune reporter belge à la houppette, accompagné de son fidèle ami à quatre pattes, Milou ? Créé en 1929 par l’auteur belge Hergé (George Rémi de son vrai nom), il reste, 80 ans après, aussi connu et apprécié. Je pense ne pas trop m’avancer quand j’écris que Les Aventures de Tintin reste une œuvre intemporelle… D’ailleurs, d’après le site officiel, 1 famille française sur 2 posséderait au moins un album des Aventures de Tintin. C’est effectivement mon cas, et vous ? Mon album préféré restant certainement Le Temple du Soleil.

Hergé (1907-1983) a connu une période très riche en avancées, découvertes et progrès scientifiques. Il aura peut-être été bercé par le caractère « sauveur », prometteur et améliorateur de la société que revêtait la science à cette époque-là. Caractère souvent bien relayé par l’écrivain Jules Verne. Toujours est-il que, quasiment tous les albums de Tintin, laissent une place, plus ou moins importante, aux sciences…

 

Les sciences et leur évolution dans les albums des Aventures de Tintin

Des domaines de sciences variés

Tintin, sciences, communication scientifique, culture populaire

© Wikipédia.

Plusieurs domaines scientifiques sont présentés et traités au cours des aventures du célèbre reporter, qui, soit dit-en passant, ne semble jamais écrire une seule ligne. Cela va de l’archéologie (Les Cigares du Pharaon, Les 7 Boules de Cristal) à l’astronomie (On a Marché sur la Lune, L’Étoile Mystérieuse), en passant par les sciences sociales (géopolitiques avec Tintin au Pays de l’Or Noir, dénonciation de l’esclavage avec Coke en Stock).

Hergé se fait souvent le témoin des questions sociétales qui touchent son époque ou des découvertes scientifiques qui ont pu marquer son siècle. Cependant, il est intéressant de remarquer qu’il ne parlera pas des avancées réellement faites de son vivant, telles que la découverte de la doublé hélice d’ADN (1953, année de sortie d’Objectif Lune), cela montre-t-il qu’à l’instar des connaissances transmises dans l’enseignement, il faut souvent plusieurs année de recul pour en parler ? Nous pouvons également noter que l’auteur se fera le précurseur de certaines prouesses scientifiques : Tintin marchera sur la lune 15 ans avant Neil Amstrong (1954 contre 1969) ou regardera la télé en couleur 4 ans avant n’importe quel français. Les Bijoux de la Castafiore sort en 1963, alors que c’est en 1967 que les émissions seront diffusées en couleur à la télévision.

Une évolution du rapport aux sciences

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© Debarshi Ray.

Lorsque nous regardons l’intégralité des albums des Aventures de Tintin, nous pourrions presque identifier trois phases dans la vie de Hergé et dans son rapport aux sciences.

  • De Tintin au Congo jusqu’au Crabe aux Pinces d’Or (1931 à 1941). Les sciences sont assez marginales et ne sont pas réellement au centre de l’histoire. Cela peut-il illustrer un désintérêt de la société de cette époque pour les sciences ? Une société plus intéressée par le colonialisme, l’enrichissement et l’expansion. Donc des albums qui rappellent les questions du colonialisme, en particulier à la fin du XIXè siècle et au début du XXè.

 

  • De L’Étoile Mystérieuse à On a Marché sur la Lune (1942 à 1954). Les sciences deviennent alors extraordinaires, sensationnelles et mystérieuses. Elles permettent de découvrir des trésors, d’aller sur la Lune… C’est aussi le moment où apparaît le professeur Tournesol, l’ami savant de Tintin et du capitaine Haddock. Nous redécouvrons une science de promesses, une science de progrès et une société qui se passionne pour les sciences. Qui se passionne ou en tout cas pour les prouesses qu’elle permet de réaliser.

 

  • De L’Affaire Tournesol à Tintin et les Picaros (1956 à 1976). Les histoires sont plus sombres, plus tristes et les sciences et techniques apparaissent comme dangereuses et meurtrières. C’est également avec ces albums qu’apparaît l’intérêt de Hergé pour le paranormal et l’ufologie (i.e les extraterrestres), notamment avec Vol 714 pour Sydney. Cette apparition du paranormal dans les Aventures de Tintin peut-il montrer le désengagement de la société pour les sciences ? Sa méfiance suite à l’utilisation des techniques pour détruire et tuer pendant la Seconde Guerre Mondiale ? Les sciences « normales » ne faisant plus rêver, Hergé chercherait-il des sources d’émerveillement ailleurs ?

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© YannGarPhoto.

Un témoignage des clichés de l’époque

L’image du Blanc et de sa soi-disant supériorité

Les albums des Aventures de Tintin sont aussi un très bon moyen d’avoir une idée des préjugés qui circulaient à son époque. Une sorte de reflet de l’inconscient collectif de la société à l’époque de Hergé.

On peut commencer avec le préjugé, voire même le caractère carrément raciste, de Tintin au Congo. Cette bande dessinée permet vraiment de se rendre compte de l’image du Blanc, en particulier dans ce contexte d’Entre-Deux-Guerre et de montée du fascisme (la BD est sortie en 1931).

Ce récit a subi beaucoup de critiques lors de sa sortie, en raison de son caractère raciste. Les stéréotypes sont nombreux : image du Noir assez stupide, au service du Blanc avec de grosses lèvres, un vocabulaire très limité. Et qui doit, bien entendu, se faire éduquer par le bon missionnaire Blanc. Vous comprendrez donc pourquoi, après la Seconde Guerre Mondiale, les éditions Casterman décidèrent de ne pas le rééditer. Il faudra attendre 1970 pour que sorte une nouvelle édition. Édition qui sera souvent exposée dans les rayons adultes et même interdite dans certains établissements scolaires (dont le mien).

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© OliBac.

Tintin au Congo n’est pas la seule bande dessinée qui véhicule des préjugés racistes. C’est aussi le cas de Tintin en Amérique (1932) où notre reporter rencontre les derniers Amérindiens. Ces derniers sont alcooliques, vindicatifs et finalement assez bêtes aussi. D’ailleurs, c’est assez intéressant de constater que lorsque les dessins animés sont sortis, cet épisode a été largement tronqué, tout le passage avec les Amérindiens ayant été supprimé.

L’image du Juif

Tintin est opposé à différents méchants au cours de ses aventures. Cependant, il y en a un qui a particulièrement retenu mon attention, c’est Robert Rastapopoulos. Vous voyez à quoi il ressemble ? Un homme assez grand, un peu gros, avec un monocle, mais surtout… un gros nez. Il apparaît pour la première fois dans Les Cigares du Pharaon. C’est intéressant de noter qu’il a un véritable sosie dans L’Etoile Mystérieuse, le banquier Blumenstein. Ce nom ne vous dit rien ? Pourtant c’est un peu le nom fourre-tout, le nom cliché du juif… Vous voyez mieux maintenant le rapport avec le gros nez ? Et puis, à cela on peut ajouter le métier (banquier), le costume et le cigare ostentatoire… Bref, une bonne caricature bien grossière !

 

L’image du scientifique

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© Professeur Calculus Revamp.

Dans L’Étoile Mystérieuse (1942), il y a une véritable armada de scientifiques chargés d’étudier, d’explorer et de récupérer le mystérieux matériau venu de l’espace. Ce sont bien sûr, tous des hommes, mais surtout, ils ont quasiment tous le crâne dégarni, des lunettes et une tête déformée. Dans Tintin, la fameuse « bosse des maths » n’est pas qu’une métaphore !

Le scientifique dans ces bandes dessinées s’apparentent plutôt à des savants, dans le sens où ils sont souvent seuls et isolés. L’image du savant un peu fou, enfermé dans sa tour d’ivoire et complètement coupé du monde prend tout son sens dans les Aventures du Tintin. Il n’y a qu’à voir le personnage de Tryphon Tournesol, un peu fou, seul dans son laboratoire et surtout sourd. La surdité le coupe entièrement du reste du monde, et le place sur une sorte de piédestal inaccessible au commun des mortels et à la société. Il n’y a vraiment que dans L’Étoile Mystérieuse et dans Objectif Lune que le savant fou sort de son laboratoire et s’associe à d’autres scientifiques. C’est aussi une façon de voir que le rapport aux sciences évolue : le savant sort de son isolement et devient presque un anonyme parmi d’autres. Tout cela afin de réaliser des choses incroyables, comme aller dans l’espace !

L’image de la femme

Tintin, sciences, communication scientifique, culture populaire

© Wikipédia.

Vous aviez déjà remarqué qu’il n’y avait quasiment aucune femme dans les albums de Tintin ? Les rares présentes sont surtout des concierges ou des secrétaires (boulot de femme n’est-il pas ?), ou de bonnes épouses au foyer. Bon, là encore, il faut replacer tout cela dans le contexte socio-culturel de l’époque. Les femmes n’ont pas encore le droit de vote, très peu font des sciences… Pour autant Hergé est-il misogyne ?

En tout cas, c’est vrai qu’il ne semble pas tenir les femmes en très haute estime. Les rares mots qu’elles disent, c’est : « hiiiiiiii !! », « haaaah », « au secours ! », « à l’aide ! ». Leurs gestes ressemblent un peu au Sims® quand ils ont allumé un incendie et qu’ils ne savent pas comment les éteindre : ils sautillent un peu partout, en criant et en agitant les bras. D’une efficacité redoutable !

Et pour ce préjugé, il n’y a pas vraiment d’évolution…

Conclusion (Ce qu’il faut retenir)

Pour commencer, je tiens à vous dire que, malgré toutes les critiques que j’ai pu faire, je reste quand même une grande fan de ces bandes dessinées (et des dessins animés aussi). Cependant, je trouve cela intéressant d’avoir une seconde lecture de ces œuvres.

Il y aurait encore beaucoup, beaucoup de choses à dire sur les albums de Tintin… Mais une chose est sure, ce sont effectivement de très bons exemples de diffusion des sciences ! Elles y sont clairement à l’honneur, que ce soit au travers de petites expériences simples et quotidiennes ou au travers de l’image des scientifiques. Je ne peux donc pas m’empêcher de vous dire que c’est encore un très bon exemple d’utilisation de la culture populaire (outil dont je vous ai parlé dans cet article).

C’est aussi un très bon témoignage de l’évolution des sciences et du rapport que la société entretient avec elles au cours de la vie de l’auteur. Pour autant, je reste parfois un peu sceptique sur le côté réellement « vulgarisation scientifique » des histoires… Bien que les sciences soient présentes, les explications le sont-elles vraiment ? Hergé décrit-il avec précision des procédés scientifiques complexes ? Cherche-t-il vraiment à transmettre des savoirs ? Des questions qui mériteraient encore tout un article pour y répondre…

Tintin, sciences, communication scientifique, culture populaire

© Pixabay.

Aviez-vous conscience de toutes ces réflexions sur les Aventures de Tintin ? Que pensez-vous de l’aspect « vulgarisation scientifique » ? Est-il vraiment développé ?

Sources :

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