Communication Scientifique, Communicant et Scientifique, Scientifique-communicant

Être communicant.e et scientifique, c’est possible ?

Être communicant.e et scientifique, l’impossible duo ?

 

Est-ce pertinent d’être communicant.e et scientifique, aujourd’hui ?

Communication Scientifique, Communicant et Scientifique, Scientifique-communicant

© Blogs.nature

Être scientifique, c’est être capable de suivre une démarche bien définie pour créer des savoirs. Être communicant.e, c’est être capable d’utiliser des outils de communication pour transmettre un message. Est-ce possible d’endosser les deux rôles ? Les scientifiques peuvent-ils être ceux qui communiquent ensuite leurs travaux et résultats ? D’un premier abord, je répondrais oui. Oui, si les scientifiques veulent être reconnus et légitimes, ils se doivent de publier leurs résultats dans des revues spécialisées. Donc, ils communiquent. Cependant, qu’en est-il de la communication vers des non spécialistes ? Des non pairs ? Est-ce à eux de remplir cette mission ?

Ces dernières années (nous pourrions même dire mois, au vu de la crise sanitaire actuelle), les citoyen.ne.s semblent de plus en plus concerné.e.s par les sciences et la Recherche. Il semble que la société veuille démystifier et comprendre cette “boîte noire” que représente la Recherche. Cette volonté est parfaitement louable, cependant, elle est détournée par certaines personnes, adeptes des “fake news” et autres “infox”. Le rôle de communicant.e pour les scientifiques semblent donc “couler de source”.

Cependant, comment relier ces deux mondes ? Celui d’un.e scientifique qui communique et celui d’un.e communicant.e qui cherche ? Peut-on réussir à prendre le recul nécessaire par rapport à ses travaux ? Peut-on répondre aux injonctions presque immédiates de la communication qui s’opposent aux temps, parfois longs, que nécessitent les sciences ?

Être communicant.e-scientifique ou scientifique-communicant.e deviendrait-il un métier à part entière ?

 

Réconcilier les sciences et la société

Sur La Science En Passant, nous nous sommes souvent demandés si les sciences traversaient une crise de confiance. Les citoyen.ne.s doutent.il.elle.s beaucoup plus de la Recherche ces derniers temps ? Ce qui est sûr, en tout cas, c’est qu’il.elle.s s’y intéressent de plus en plus. Les amateurs éclairés sont de plus en plus nombreux, surtout dans le domaine médical. Les questions foisonnent, en particulier sur les réseaux, les réponses, en revanche, ne sont pas toujours pertinentes, voire même carrément dangereuses.

Depuis quelques années, et c’est particulièrement vrai avec cette crise de la COVID, les citoyen.ne.s s’accordent sur le fait que les enjeux des sciences concernent et impactent directement la société. Les sciences font maintenant partie intégrante de cette dernière. Pourtant, la communication scientifique était très peu développée et les scientifiques ne communiquaient quasiment pas avec la société, n’y voyant pas vraiment l’intérêt. D’où cette sensation d’éloignement, ce fossé qui se creusent de plus en plus entre les sciences et les publics. Les communicant.e.s scientifiques ressentent-il.elle.s ce fossé ?

Pour certain.e.s, il ne faut pas considérer la mission de communication scientifique comme une mission distincte de celle de la recherche scientifique. En effet, s’intéresser à la société et à ses questionnements va permettre de nourrir les sujets de recherche, de mettre en place la démarche scientifique pour apporter des réponses. De plus, avec l’explosion des réseaux sociaux, il me semble de plus en plus délicat, voire inconscient, de les ignorer. Les scientifique et la recherche doivent s’adapter à ces changements sociétaux et s’y impliquer.

 

Communicant.e et scientifique, une mission pédagogique

Communication Scientifique, Communicant et Scientifique, Scientifique-communicant

© Pixabay.

S’impliquer dans les changements sociétaux, apporter des réponses aux attentes de la société, amène donc de nouvelles missions aux scientifiques. Des missions principalement pédagogiques, à destination, en majorité du grand public.

En communicant les sciences, les scientifiques vont aider à la construction, à la consolidation et à l’affinage de l’esprit critique des citoyen.ne.s. Ils vont les aider à se forger une opinion éclairée et raisonnée sur un sujet donné. Une action primordiale aujourd’hui pour les aider à faire le tri parmi la masse d’informations disponibles et leur permettre de séparer le bon grain de l’ivraie.

Cette communication peut alors prendre deux formes : descendante, avec la vulgarisation scientifique ou bilatérale avec la médiation scientifique. Le scientifique s’apparentera alors à un médiateur dont le rôle est de faire le lien entre les sciences et la société, en recherchant principalement l’échange et la discussion.

Dans tous les cas, le.la communicant.e scientifique a pour mission de transmettre des informations scientifiques. Ces dernières doivent donc être accessibles à tou.te.s. Plusieurs types d’informations peuvent être transmis : des travaux, des résultats, des prix remportés, des collaborations importantes… Surtout ne pas oublier de communiquer à destination des étudiant.e.s, cela peut susciter des vocations et de nouvelles recrues potentiellement intéressantes ! L’important est de ne pas vulgariser les contenus à l’extrême, ce qui pourrait brouiller le message et conduire à des incompréhensions. Il vaut mieux mettre la démarche scientifique au cœur de la communication. La montrer, la mettre en avant est aussi une manière d’aider les publics à s’interroger sur le monde qui les entoure.

 

Les apports de la communication scientifique

Communiquer les sciences demande donc du temps. Ce temps n’est en rien perdu ! En effet, la communication scientifique a de nombreux bienfaits.

Transmettre des savoirs à des non spécialistes n’est en rien inné. Le faire permet donc d’acquérir de nouvelles compétences. Tout d’abord, en communication générale. Certes les scientifique utilisent les mécanismes lorsqu’ils s’adressent à leurs pairs, mais ces derniers sont vraiment exacerbés dans le cas d’une communication grand public. Lorsque les scientifiques s’adressent à ces derniers c’est qu’ils ont déjà pu acquérir et développer une attitude et une attention particulière.

La posture, les termes, les moyens, les outils utilisés… ne seront pas du tout les mêmes que ceux employés lors d’un colloque ou de l’écriture d’un article pour une revue spécialisée. Identifier son public et adapter son discours s’apprend donc. Et cette expérience acquise pourra ensuite être fructueusement réemployée dans les échanges propres aux chercheurs (collègues, étudiantes, investisseurs...). En revanche, ce n’est pas parce que certain.e.s scientifiques sont capables de dérouler un magnifique exposé lors d’un congrès propre à leur discipline qu’il.elle.s sauront la rendre intéressante face à un par-terre d’enfants, par exemple. La communication scientifique s’apprend !

Échanger avec la société permet également d’identifier les sujets de recherche potentiellement porteurs et pertinents pour elle. C’est important pour redonner la place que doit occuper la science, au cœur de la société. Et aussi, question beaucoup plus pratique, une bonne manière d’avoir plus de chances d’obtenir des financements… Communiquer apporte aussi une expérience appréciable lorsqu’il s’agit de négocier des projets de recherche. Cela aide à mieux présenter ses travaux et résultats et aussi à la prise de recul. En effet, la communication implique une distanciation et favorise aussi les échanges. Ceci stimule le partage de nouvelles idées et peut débloquer des situations. La communication met en lumière des liens entre différentes disciplines scientifiques, qui n’auraient peut-être pas été vus autrement. Enfin, elle est d’une grande aide pour tisser des liens et agrandir son réseau à travers le monde académique (et ailleurs).

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Communicant.e et scientifique, une double casquette avantageuse

Les communicant.e.s scientifiques sont des chercheurs avec un nouvel objectif : celui d’informer et, parfois, de modérer des controverses et débats. On ne les considère plus comme des “sachants” experts détenant une vérité immuable. Au contraire, aujourd’hui ils cherchent plus à se placer comme ceux qui vont informer et accompagner. Leur rôle est maintenant de sensibiliser et d’engager la population.

Avoir une double casquette est très enrichissant puisque que cela permet d’éclairer avec un regard nouveau les actions de scientifique et de communicant.e. L’aspect “scientifique” va permettre “d’améliorer” la compétence de communication. Les scientifiques pourront approcher ces missions de communication comme des projets d’investigation en ayant notamment recours à la démarche scientifique. À l’inverse, l’aspect “communication” va enrichir la compétence scientifique en apportant des outils et des postures plus adéquats pour transmettre des informations.

Le fait d’avoir un pied dans chacun des deux univers permet notamment de garder une distance critique par rapport aux actions de communication, et aussi de découvrir et échanger avec différents publics, différents vécus et savoir-faire. La double identité amène donc, certes, une plus grande quantité de travail, cependant elle rend ce travail plus riche. De même, elle permet d’adopter une posture plus humble, notamment vis à vis de la société.

Ce qui m’intéresserait maintenant tout particulièrement, serait de recueillir les témoignages et retours d’expériences de scientifiques-communicant.e.s. Quels autres avantages tirent-il.elle.s de cette double compétence ? Ressent-il.elle.s vraiment une distanciation entre les sciences et la société ? Entre le temps court de la communication et le temps long de l’établissement des savoirs ?

 

Encore trop de clichés et de préjugés envers les scientifiques communicant.e.s

Vous l’aurez compris, j’adhère complètement à l’intérêt d’une double compétence et de l’importance de la ()appropriation des scientifiques du rôle de communicant.e.
Pour autant, ce n’est pas encore l’avis de tout le monde… Dans certains milieux universitaires, la communication est encore vue comme un “gros mot”. Un monde de paillettes où l’on ne vend que du vent.
On reproche parfois aux scientifiques-communicant.e.s d’être trop proches du grand public, de ne plus être critiques et donc de trahir les sciences, qui doivent être réservées à une élite “sachante”. Certes, les efforts de communication scientifique, de vulgarisation des connaissances et de transmission à destination de publics non spécialistes se multiplient, pour autant ils ne revêtent qu’un capital symbolique. En effet, ils ne sont toujours pas reconnus par la communauté scientifique, qui ne jurent toujours que par les articles publiés dans de grandes revues ayant pignon sur rue.
Les préjugés ne sont pas les seules difficultés que rencontrent les scientifiques-communicant.e.s. Il.elle.s peuvent être aussi limité.e.s par la stratégie défendue par la direction de la communication de leurs laboratoires. Cependant, dans la plupart des cas, les scientifiques gardent une assez large marge de manœuvre.

 

Conclusion (Ce qu’il faut retenir)

Des scientifiques qui communiquent, nous en voyons de plus en plus qui (re)prennent leur place au sein de la société, qui font le lien entre les sciences et les publics. Et, j’ai presque envie de dire, il était temps !
Cette double-casquette est primordiale aujourd’hui, notamment pour accompagner les publics et les réconcilier avec les sciences. Elle est importante car elle permet aux scientifiques d’exercer une grande part de leur mission : aider les publics à se forger une opinion éclairée. Ce qui est essentiel aujourd’hui au vu de l’explosion des infox, en particulier sur les réseaux sociaux.
Cependant, les scientifiques-communicant.e.s n’ont pas que des devoirs ! Bien au contraire, communiquer les sciences est pleine de bienfaits ! Tout d’abord, les scientifiques communiquent, en réalité, en permanence et dans des situations très diverses. De la communication auprès des pairs, des congrès, des colloques, de la communication interne et informelle au café, des mails, des appels téléphoniques, des cours universitaires… Apprendre à communiquer sera donc très pertinent pour améliorer et approfondir cette mission. La casquette communicant.e oblige la casquette scientifique à être plus concises et directe. “Keep it short and simple” !
Savoir s’exprimer ouvre des portes pour se faire connaître, obtenir des financements, créer du réseau et de nouveaux projets… Cumuler les deux métiers permet de s’enrichir, d’ouvrir son esprit et ses horizons. Elle offre finalement un nouveau regard sur les sciences et la société.
Malgré les nombreux préjugés et difficultés qui persistent, je pense que nous sommes sur la bonne voie. Celle d’une reconnaissance des scientifiques-communicant.e.s. De nombreuses directions de la communication dans les laboratoires en font le constat. Auparavant, les journalistes passaient par ces directions pour prendre contact avec les scientifiques, maintenant, ils s’adressent directement aux scientifiques, qui deviennent donc communicant.e.s. Un beau cercle vertueux !

D’après vous, peut-on concilier les rôles de communicant.e et scientifique ?

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Sources :

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