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La communication scientifique à l’ère des fake news

Quel rôle peut jouer la communication scientifique pour limiter la pandémie de fake news ?

Les fake news se propagent très rapidement, comment la communication scientifique peut-elle lutter ?

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© Flickr.

Les “fake news” ou “infox” ne sont pas nouvelles. Elles ont toujours existé. Cependant, depuis quelques années, et encore plus ces derniers mois, leur création et leur propagation se sont largement accélérées. La raison ? Un accès presque illimité, et en tout cas très facilité, à différents médias et, en particulier, aux réseaux sociaux.

La pandémie que nous traversons aujourd’hui révèle vraiment le “combat d’influence” qui se livre entre la science et les fake news. La science est-elle dépassée par ce lot d’infox, chaque jour plus important ? Par cette infobésité très prégnante ?

La crise sanitaire actuelle nous le montre. Aujourd’hui, quasiment tout le monde est devenu “virologue” et en va de son commentaire sur le virus, sa propagation et les mesures prises pour tenter de le freiner. Si, parmi ces personnes, certaines sont plus ou moins informées, d’autres, en revanche sont à la merci des “créateurs de fake news” et autres “complotistes”.

Comment lutter contre ces infox ? Comment permettre à tous d’accéder aux “bonnes” informations ? Est-ce le rôle des scientifiques ? Quelle place peut occuper la communication scientifique et les communicant.e.s scientifiques dans ce “combat” ?

Les sciences à l’épreuve des fake news

Une perte de confiance et de patience envers les sciences

D’un premier abord, nous pourrions penser que ce rôle de lutte contre la propagation des fake news doit être occupé par les sciences et les scientifiques. Or, en parallèle de la croissance des fake news, nous observons un foisonnement de différents dispositifs académiques visant à les contrer. Conférences, séminaires, événements scolaires et parascolaires, formations, création d’ouvrages… Les publics sont très sollicités et appelés à faire preuve d’esprit critique, “d’autodéfense intellectuelle”, d’adoption de “bonnes pratiques” pondues par des “sachants”… Toutes ces mesures sont-elles vraiment efficaces ? Sont-elles bien accueillies ? Ne risquent-elles pas de mettre les sciences et les scientifiques en position d’autorité, qu’il faut suivre sans contester ?

De plus en plus, la Science est vue comme un idéal, une autorité, une entité qui a réponse à tout. Cette posture est assez problématique car les publics perdent confiance en elle lorsqu’ils se rendent compte que, non, la Science n’a pas réponse à tout et tout de suite. La crise sanitaire actuelle en est un très bon exemple, puisqu’il faut que les scientifiques apportent, très vite, une solution clé en main pour régler la crise. Ce qui, pour la Recherche, est assez délétère puisque cela accroît la compétition entre les laboratoires et conduit à une perte de valeurs.

 

Un gap entre les sciences et les publics comblé par les fake news

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© Pixabay.

Dans les périodes de crise, les publics ont des doutes et des peurs. Ils se raccrochent donc à cette entité Science, parole de vérité. Or, dans ces périodes, l’incompatibilité de temps entre sciences et publics est mise en exergue. Les publics veulent des “réponses définitives et à court terme”, alors que l’échelle de temps scientifique est beaucoup plus longue. Les fake news s’engouffrent donc dans ce fossé et se placent comme celles qui savent. Qui montrent que si les scientifiques ne répondent pas, c’est parce qu’ils sont à la “solde” des complots gouvernementaux ou des industries pharmaceutiques. Comment alors conjuguer les délais de la recherche avec la volonté des publics d’être informés ?

Les communicant.e.s scientifiques sont alors un très bon relais. Plutôt que de mettre les scientifiques en position de “sachants” supérieurs, de moins en moins acceptés aujourd’hui, ils pourront jouer le rôle de médiateurs neutres et surtout expliquer le fonctionnement de la Recherche et de ses délais.

 

Communication scientifique et fake news dans les médias : quel équilibre ?

On pointe souvent du doigt les médias dans la propagation des fake news. Quel rôle peuvent-ils occuper dans la transmission de savoirs ? Comment gèrent-ils les informations scientifiques qui leur sont transmises ? Ont-ils des moyens de contrôler les informations, et en particulier la désinformation ? Comment font-ils la part des choses entre infox et info ?

Il y a aussi un autre problème avec les médias. Certes, ils transmettent une information (vraie ou non), cependant ils ne contrôlent pas ce qui est ensuite fait de cette information. Est-ce, là aussi, le rôle des communicant.e.s d’accompagner cette transmission ?

 

Le problème des réseaux sociaux

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© Pixabay.

À l’ère d’une véritable “infobésité”, comment utiliser efficacement les réseaux sociaux ? Est-possible de contrôler le flux d’informations ? Quelles places doivent occuper les sciences et les communicant.e.s scientifiques ? Ne serait-on pas dans un paradigme du “trop d’informations, tue l’information” ? Aujourd’hui, nous pourrions légitimement nous demander si l’abondance d’informations ne conduirait finalement pas à une mésinformation…

Ces derniers temps, on déplore la multiplication et la propagation des infox et autres théories complotistes sur les réseaux sociaux. Finalement, la crise actuelle n’est pas seulement une crise sanitaire, mais bien une crise de l’information scientifique que la communication scientifique pourrait aider à résoudre.

Sur les réseaux sociaux, difficile de savoir qui est vraiment légitime pour parler de tel ou tel sujet. Souvent, nous avons tendance à penser que, plus un profil est actif, plus il est légitime. Certes, la plateforme peut aussi avoir un rôle à jouer en vérifiant la pertinence des données partagées par les utilisateurs, mais difficile d’être exhaustif dans la masse de données diffusées. Il est également important de prendre en compte les algorithmes des plateformes. Eux aussi participent aux conversations. Ils sélectionnent les contenus qui seront mis en avant et donnent des informations sur les utilisateurs qui prennent part aux différents débats. Beaucoup de choses nous échappent donc dans notre accès à la (bonne) information.

Pour remédier à ces problèmes, il est donc extrêmement important de vérifier et croiser les sources. Regarder qui est à l’origine de l’information. Pourquoi cette personne plutôt qu’une autre ? Des automatismes qui prennent du temps, qu’il faut apprendre à mettre en place, mais qui sont indispensables. Cependant, à qui d’accompagner les publics sur cette prise en main ? Aux écoles ? Aux scientifiques ? Ou encore, aux communicant.e.s ?

 

Quels outils ? Quelles idées pour que la communication scientifique aide à lutter contre les fake news ?

Les initiatives des institutions pour lutter contre les fake news

Les institutions d’intérêt publique sont de plus en plus nombreuses à se saisir de la question des fake news. De nombreuses initiatives fleurissent pour les enrayer et lutter contre leur propagation.

La notion d’Open Science se démocratise et beaucoup de scientifiques mettent maintenant à disposition leurs revues et résultats, en libre accès. La nécessité de recherche sur la COVID10 a développé cette pratique. Depuis, dans différents domaines, les résultats sont facilement accessibles. Par exemple, le projet Politoscop met le Big Data au service du bien commun. Le grand public a ainsi pu se plonger dans les masses de données générées sur les réseaux sociaux, en particulier pendant les dernières présidentielles, pour analyser les informations transmises grâce aux outils de la recherche, mis à disposition.

D’autres initiatives ont le vent en poupe, fortement inspirées par la crise sanitaire. Le CNRS, par exemple, propose une série de podcasts pour expliquer la crise, ainsi que des publications spécifiques dans son propre journal. L’INSERM a, de son côté, enrichit son site internet avec des actualités sur la recherche autour de la Covid-19 et des articles décryptant les actualités liées au virus. L’Exploradôme a proposé Désinfox, son projet d’éducation aux médias, et en particulier aux réseaux sociaux, à destination des jeunes et des adolescents. Il se décline sous forme de stages avec des jeux, des discussions, des expériences ou encore des rencontres pour découvrir des outils permettent de repérer et lutter contre les infox. Enfin, on peut aussi citer l’atelier médiation et critique de l’Amcsti à destination des médiateur.trice.s et des enseignant.e.s. Ce projet permet d’avoir accès à des ressources pour initier à l’esprit critique, ainsi que pour gérer des situations de médiation compliquées.

Enfin, de plus en plus de communicant.e.s proposent de mettre leurs compétences aux savoirs des informations transmises par les médias pour des actions de “débunkage” ou, en amont, de “fact checking”.

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L’importance de l’amateurat : se faire un allié du grand public

Le souci de la lutte contre les fake news, c’est que l’on encourage de plus en plus les publics à émettre des doutes. Ces derniers sont en effet essentiels dans la démarche scientifique. Cependant, les créateurs de fake news l’ont bien compris et utilisent les doutes pour les retourner contre les sciences.

Comment dans ce cas, encourager les “bons” doutes ? Comment ne pas se mettre dans une position de “sachant” qui éduque” les publics ? Il ne faut surtout pas les rebuter et les dégoûter. Au contraire, scientifiques et citoyen.ne.s ont vraiment besoin les uns des autres. La recherche médicale, notamment, s’en est très bien aperçue et encourage de plus en plus les patient.e.s à prendre part aux réflexions scientifiques. Ceci nous rappelle bien l’importance qu’il faut accorder à l’amateurat dans les sciences. Le grand public et les scientifiques ont beaucoup à s’apporter mutuellement. Le développement des sciences participatives n’est donc pas anodin et me semble être une réponse intéressante dans la lutte contre les fake news. Elles permettent d’initier aux doutes et à l’esprit critique, tout en dévoilant les “mystères” de la recherche scientifique. Ainsi, les publics ne verront plus la science comme une boite noire. De plus, cela permet de faire comprendre ces différences de temps dont nous avons parlées précédemment.

Les scientifiques peuvent aussi compter sur les bibliothécaires. Cette profession est en effet de plus en plus sollicitée dans la formation à l’utilisation des médias et l’accès aux informations. Ces questions permettent de repositionner les bibliothèque dans la lutte contre les infox et dans l’éducation aux médias. Ces dernières sont en effet des intermédiaires très pertinents qui accompagnement les utilisateur.trice.s et qui n’ont, peut-être, pas cette étiquette de “sachant autoritaire et absolu” que peut avoir la science.

 

Conclusion (Ce qu’il faut retenir)

Les fake news ou infox pullulent aujourd’hui dans les médias, et en particulier sur les réseaux sociaux. On exhorte les scientifiques à réagir et à appliquer des mesures pour lutter contre, voire même à “éduquer” les publics.

Or, au fur à et  à mesure des crises scientifiques, la confiance des publics en la science s’est amoindrie, mais, surtout, ils ont eu de plus en plus accès à de l’information. Nous sommes effectivement dans une ère “d’infobésité” où les informations (bonnes ou mauvaises) circulent à grande vitesse, sans vraiment de contrôle. Donc, certes, les publics doutent (ce qui est bon pour la démarche scientifique), mais doutent-ils “raisonnablement” ? Et surtout, comment leur apprendre à douter ? Qui doit leur apprendre ?

La Science a, malheureusement, acquis une posture d’entité d’autorité, avec la vérité absolue. Les publics attendent donc beaucoup d’elle et rapidement. Pourtant, elle n’a pas toutes les réponses et son statut “d’expert” se retourne contre elle, aiguisant finalement la méfiance de ceux qu’elle devait rassurer.

Les scientifiques ne doivent donc pas se placer en position “de sachant” qui éduquent. Il vaut mieux laisser la place aux communicant.e.s scientifiques qui vont accompagner les publics dans la prise en main et la critique des informations. Et surtout, le plus important, il faut se faire des alliés des publics en encourageant l’amateurat et les sciences participatives. Après tout, c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Donc, plus les publics apprennent à connaître les sciences et la Recherche, plus ils seront autonomes et sauront utiliser leur esprit critique de façon pertinente.

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Pour vous, comment peut-on lutter contre les fake news ? Qui est légitime dans cette lutte ?

 

Sources :

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1 commentaire

  1. goooooooooooooooooooood

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