Manuela, Cap Sciences, médiation scientifique, archéologie

Le partage des savoirs avec Manuela Simula

La médiation scientifique, une vocation pour Manuel Simula

 

Manuela, Cap Sciences, médiation scientifique, archéologie

© Manuela Simula.

Et c’est parti pour une nouvelle rencontre aujourd’hui !

J’ai eu le plaisir de retrouver une de mes anciennes collègues de Cap Sciences, le Centre de Culture Scientifique, Technique et Industrielle de Bordeaux. J’avais rencontrée Manuela Simula en 2018, lorsque j’étais animatrice scientifique. J’avais beaucoup apprécié travailler avec elle, car elle est très bienveillante et passionnée par l’archéologie et la médiation scientifique.

C’est donc avec un grand plaisir que je vous partage notre rencontre, basée sur l’intérêt de la transmission et l’importance de la médiation scientifique.

Pourquoi ne peut-on pas se passer des médiatrices et médiateurs scientifiques ?

 

D’un doctorat en lettres anciennes à la médiation scientifique, le parcours de Manuela

Tomber dans la médiation scientifique par hasard…

Manuela a débuté son parcours universitaire, en Italie, avec des études en lettres anciennes, spécialisées en archéologie. Elle est ensuite venue en France pour poursuivre ses études avec un doctorat. Seulement, le sujet était si pointu que personne ne pouvait vraiment l’accompagner et on lui a donc demandé de changer de sujet. Compliqué lorsque l’on commence une thèse… D’autant plus, que cela lui a demandé de devoir refaire toute sa bibliographie. Autant dire, que cela en démotive plus d’un.e…

Manuela souhaitait donc pouvoir aussi faire autre chose, notamment travailler. En parallèle de ce doctorat, elle donnait des cours d’italien et c’est finalement totalement par hasard qu’elle intègre Cap Sciences. Elle cherchait alors une colocation et, sur un tableau d’affichage, elle est tombée sur une offre d’animation à Cap Sciences. Sans formation spécifique à la médiation (mais avec quelques interventions en établissement scolaire), Manuela postule et est prise. Le début de ses aventures dans la médiation scientifique débute…

 

… Et trouver sa vocation !

Manuela, Cap Sciences, médiation scientifique, archéologie

© Manuela Simula.

Pour Manuela, la médiation scientifique a été une véritable révélation ! D’ordinaire plutôt de nature timide et réservée, elle a parfois du mal à prendre la parole en public. Ces missions de médiation sont donc une révélation personnelle. Elle découvre qu’elle peut apporter des choses à différents publics. Leur apporter des façons d’être curieux, des choses à lire, à apprendre, savoir comment chercher… En retour, Manuela se nourrit de ce que le public lui apporte.

Le partage est en effet essentiel pour Manuela. C’est une manière pour elle de participer à la construction des citoyens et des savoirs scientifiques. La médiation scientifique est également une très bonne façon de se connaître soi-même, de se positionner dans le monde, d’avoir des citoyens éclairés et de pouvoir leur donner des instruments et des outils qui leur serviront à faire leurs propres choix.

La médiation scientifique c’est idéal pour aller vers les gens et proposer de nouvelles façons de voir le monde, des façons auxquelles ils n’auraient peut-être pas pensé. Finalement, ce métier est le moyen pour Manuela de donner des clés permettant aux citoyens d’être de meilleurs individus.

 

Manuela, médiatrice scientifique à Cap Sciences, comment, pourquoi ?

Cap Sciences et Cap’Archéo, deux instituts de partage

À Cap Sciences, Manuela porte plusieurs missions. Archéologue de formation, elle est arrivée à Cap Sciences en 2008 pour travailler sur une exposition en lien avec les mammouths. Elle a ensuite évolué dans l’association au travers de différentes missions et de différents espaces. Elle a travaillé avec des publics variés, in situ et en itinérance.

Notre médiatrice scientifique a également la possibilité de travailler pour Cap’Archéo, le programme de médiation dédié à l’archéologie et mis en place par Cap Science. Au fur et à mesure des contrats, elle finit par décrocher un CDI à temps complet. Aujourd’hui, elle partage son temps entre Cap’Archéo (à 70%) et Cap Sciences (à 30%). Elle anime et participe à des projets de conception.

Manuela cherche également à évoluer en se formant notamment à la communication (en particulier pour Cap’Archéo) ou à des pratiques de médiation scientifique plus ludiques.

 

Un métier basé sur le partage et la rencontre avec les publics

Manuela, Cap Sciences, médiation scientifique, archéologie

© Manuela Simula.

Ce qui est super avec le métier de la médiation scientifique, c’est que ce n’est jamais la même chose. On ne s’ennuie pas. C’est comme si nous étions des professeurs et que nous changions de classe tous les jours.

En revanche, il faut vraiment que ce soit un échange, il ne faut pas que ce soit descendant. C’est important d’avoir les retours des publics, notamment pour s’améliorer pour les prochaines fois. Les questions posées par les publics conduisent à s’interroger soi-même.

Par contre, attention ! On ne transmet et restitue bien des concepts que si on les comprend correctement. Il faut donc bien comprendre et s’approprier le message pour pouvoir ensuite le transmettre.

On pourrait croire que le métier de médiation scientifique est répétitif, en particulier si on travaille plusieurs fois sur une même exposition. Pourtant, il est toujours possible de se réinventer, de trouver d’autres façons d’animer et de présenter les sciences. En ce qui concerne l’archéologie, le domaine évolue. Il y a de nouvelles techniques, de nouveaux outils, de nouveaux sujets… Manuela s’intéresse notamment à l’archéologie du genre, qui conduit à de nouvelles interrogations… De plus, les publics ne sont jamais les mêmes et ne réagissent pas forcément pareil.

Finalement, la médiation scientifique à Cap Sciences est un beau challenge. Il revêt malgré tout une petite frustration. En effet, la médiatrice partage avec les publics, mais elle ne sait pas toujours ce qui leur reste…

 

La richesse de la médiation scientifique pour Manuela : la diversité des publics

Bien que les publics qui viennent à Cap Sciences soient très variés, Manuela n’a pas forcément de prédilection.

Elle travaille très bien avec les petits (3-6 ans) avec qui elle peut créer des histoires. Pour autant, cela ne l’empêche pas de travailler agréablement avec des collégiens, des lycées ou encore des séniors. Ces derniers ont d’ailleurs toujours plein d’anecdotes et de choses à raconter.

Depuis quelques temps, Manuela s’intéresse plus particulièrement aux publics, dits « empêchés ». Ce sont des personnes éloignées culturellement ou socialement, des personnes handicapées ou encore en prison. Elle a notamment pu faire une expérience l’année dernière en se rendant directement dans une prison. C’était une vraie satisfaction pour Manuela. Elle a réellement eu la sensation d’avoir apporté quelque chose, d’avoir permis aux détenus de changer leur quotidien.

C’est en effet justement ces publics « empêchés » qui permettent de se « réinventer », d’imaginer de nouvelles pratiques de médiation. Pour les détenus, s’ils participent, c’est d’abord parce qu’ils « se font chier » (propos émis par un détenu). C’est donc, paradoxalement, assez facile de les intéresser, puisqu’ils apprécient de changer leur quotidien. En revanche, ces différents publics sont souvent très hétérogènes, notamment en termes d’âge, de culture ou encore d’éducation. La médiatrice ou le médiateur doit donc être aux petits soins pour chacun des participants. Iels ne doit pas hésiter à s’adapter et à rebondir. C’est vraiment en multipliant les expériences qu’une « boîte à outils » va se construire.

Il ne faut pas non plus hésiter à se laisser porter par la situation et à s’appuyer sur les publics et sur ce qu’ils connaissent. Cela implique donc de toujours rester dans l’échange et ne pas penser à leur place. Ce sont vraiment ces échanges et partages qui vont donner aux publics l’envie de s’investir. En retour, les médiateurs et médiatrices vont s’enrichir.

 

L’anecdote de Manuela

La médiation scientifique, ce n’est pas seulement des partages et de belles rencontres, c’est aussi des anecdotes amusantes.

Manuela m’a ainsi parlé de son voyage, il y a une dizaine d’années, en Palestine pour un festival de sciences. Elle a notamment voyagé avec la mallette mobile d’archéologie, qui est une grosse valise noire et solide (ces détails ont leur importance).

Manuela, Cap Sciences, médiation scientifique, archéologie

© Manuela Simula.

Manuela a été invitée pour une tournée scientifique en Palestine, y compris la bande de Gaza et Jérusalem. Elle avait donc les autorisations pour amener les accessoires et la mallette. Malgré tout, cette dernière n’est jamais arrivée à Tel-Aviv et elle a appris qu’elle avait été contrôlée et désossée… Manuela n’avait donc rien pour réaliser ses animations. Elle a dû faire plusieurs boutiques pour trouver des vases en argile, du scotch, de la pâte à modeler… Bref, tout ce qui peut être utile pour réaliser des animations d’archéologie.

Finalement, ce qui aurait pu être un gros fiasco, apparaît comme une belle expérience. Les enfants étaient ravis.

Cette anecdote illustre bien deux qualités essentielles à avoir lorsque l’on veut se lancer dans la médiation : la débrouille et l’adaptabilité.

 

L’avenir de la médiation scientifique selon Manuela : un métier humain qui a de l’avenir

La médiation scientifique est très appréciée et arrive à tirer son épingle du jeu. Elle se réinvente en permanence et heureusement ! C’est cette capacité qui lui a notamment permis de résister aux confinements. Lors de la pandémie, les animations à distance ont en effet eu un gros succès.

Aujourd’hui, nous revenons à l’humain, même si les animations à distance ne sont pas abandonnées. La médiation scientifique adopte donc de plus en plus des formes hybrides. Il n’est pas possible de se passer de l’humain et de la relation humaine. Une visite numérique seule ne suffit pas.

La médiation c’est d’abord ‘l’humain. Il y a toujours besoin de la rencontre. Les publics eux-mêmes le disent, au travers de certaines enquêtes. La médiation à distance, c’est bien, mais c’est encore mieux d’être sur place et de rencontrer directement les personnes.

Cap Sciences, médiation scientifique, archéologie

© Manuela Simula.

 

Et pour vous, qu’est-ce qui est important en médiation scientifique ?

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