vulgarisation scientifique, médiation scientifique, diffusion des savoirs, transmission

De la vulgarisation à la médiation scientifique ?

Doit-on supprimer la vulgarisation scientifique au profit de la médiation scientifique ?

 

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Depuis quelques années, l’univers de la communication scientifique est en proie à plusieurs interrogations et questionnements. La façon dont doivent être transmises les connaissances scientifiques notamment est actuellement en débat. Doit-on garder le modèle (historique) de la vulgarisation scientifique, un modèle descendant et plutôt unidirectionnel ? Ou doit-on céder à cet engouement des deux dernières décennies pour la médiation, qui prône plus d’échanges ? Et si, finalement, la solution se trouvait plus à l’interface entre les deux ? Doit-on forcément remplacer un moyen de communication par l’autre ?

 

La vulgarisation scientifique, un peu d’histoire

C’est un terme que l’on entend très souvent, un peu partout… D’autant plus qu’il est actuellement, remis au goût du jour avec la montée en puissance des vidéastes (et notamment des « Youtubeurs »). Ces derniers cherchent à transmettre leur passion des sujets (scientifiques) qu’ils portent, mais aussi celle de l’écriture et de la création des vidéos. C’est vrai qu’aujourd’hui, lorsque l’on me parle de « vulgarisation scientifique », j’ai la tête de Dr Nozman qui me saute aux yeux… Ou est-ce parce que je suis biaisée ?

Toujours est-il que ce terme est bien plus ancien que nos chers vidéastes. En effet, la vulgarisation scientifique a fait son apparition au XIXème siècle. Nous sommes après le siècle des Lumières où les sciences étaient (normalement) à la disposition de tous. La bourgeoisie veut maintenant avoir l’apanage des sciences afin de pouvoir se différencier « des masses », même des amateurs éclairés. À cette époque, la culture scientifique devient alors le signe d’appartenance aux élites.

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La création des premiers musées scientifiques, au sens où on l’entend aujourd’hui, va concentrer les débats scientifiques et les éliminer presque partout ailleurs. Cela va permettre de réellement asseoir la domination des scientifiques. Puis, cela va conduire à la suppression des « tiers-lieux » de l’époque, comme les sociétés savantes ou les cabinets de curiosité. Ainsi, le 10 Juin 1793, le Museum National d’Histoire Naturelle de Paris est créé. Il sera suivi, par la suite, par de nombreux autres. Quasiment chaque grande ville de France aura son propre musée d’histoire naturelle. Les publics et les « profanes » peuvent venir dans ces musées seulement à partir de la deuxième moitié du XIXème siècle. Et encore ! Uniquement les dimanche après-midis (les autres jours étant réservés à « ceux qui savent », les scientifiques, alors seuls détenteurs du savoir). Ces publics étaient uniquement tolérés pour prendre des « leçons de sciences » ; la transmission de sciences vulgarisées avec une véritable relation du « maître à l’élève ». Les musées servent alors à « éduquer les masses ». Ils ne les autorisent pas à participer à la production et au développement des connaissances.

Cette volonté de démarcation entre scientifiques et publics a fait que ces derniers ont fini par se désintéresser de ces musées de sciences qui sont tombés en désuétude jusque dans les années 1980.

 

Mais concrètement, c’est quoi la vulgarisation scientifique ?

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D’après Richard-Emmanuel Eastes, chercheur associé au Laboratoire de Didactique et d’Epistémologie des Sciences (Université de Genève) et ancien directeur de l’Espace des Sciences Pierre-Gilles de Gennes, la vulgarisation est d’abord « une communication unilatérale et descendante. Il n’y a pas d’implication des publics dans les choix et les orientations des sujets de recherche ». Or, ce sont eux qui sont les premiers concernés par ces sujets. La vulgarisation garde toujours une « dimension explicative » avec peu d’échanges. Elle a d’ailleurs été inscrite dans les lois de 1982 et 1983 du tout nouveau Ministère de la Recherche comme une mission des scientifiques et uniquement des scientifiques. La vulgarisation instaure donc une représentation de la science en tant que savoir. Savoir qui ne peut être légitime que s’il est transmis par des scientifiques. Et cette transmission se fait de manière unidirectionnelle à un consommateur avide d’une science attractive (« à la mode »), vulgarisée, voire parfois (trop) simplifiée. Cette forme de communication instaure toujours une barrière et une démarcation entre ces scientifiques « sachants » et ces consommateurs, publics, « non sachants » et qu’il faut éduquer. On ne leur propose jamais de s’approcher réellement des sciences.

Déjà dans les années 1970, un signal d’alarme avait été tiré par Bernadette Bensaude-Vincent. Pour elle, « la vulgarisation creuse elle-même le fossé entre une science sacralisée et un public profane, tout en prétendant le combler. On présente au public une science « officielle » comme un objet d’admiration ». Finalement, on retrouve un peu ce côté spectaculaire que l’on voulait donner à la science dans les cabinets de curiosité.

 

Les publics rejettent-ils la vulgarisation scientifique ?

En 1980, les publics retrouvent un intérêt pour les institutions muséales. Ceci a entraîné une modification de la communication scientifique. Il n’est plus possible d’utiliser les musées comme lieu de domination des savoirs scientifiques et de simples « leçons » de science. Il s’agit plutôt d’une recherche d’échanges.

Pourtant, ces transformations ne sont pas aussi effectives qu’attendu : les visiteurs des musées font majoritairement parti d’un public déjà averti et intéressé par les sciences et on est finalement assez loin de l’objectif d’une diffusion massive des sciences qui devrait être le but ultime de toutes formes de communication scientifique. Alors, pourquoi ce grand public ne vient pas dans les musées ? Il est trop inculte ou rétif à l’accès à la connaissance ? Ou peut-être simplement agacé de se sentir en infériorité même après certains aménagements pris par les institutions muséales ?

Aujourd’hui, si les publics viennent dans les institutions muséales, c’est certes pour s’ouvrir à une culture scientifique autre, mais aussi pour apporter leur propre vécu et leurs expériences. Les publics s’intéresseraient donc moins à des connaissances techniques pures (fonctionnement d’une centrale nucléaire, obtention d’un OGM). Ils sont plutôt en recherche d’informations sur les conditions de développement de ces techniques et sur leurs conséquences. Ils seraient donc surtout en recherche d’échanges et de débats où leur avis serait pris en compte. De la vulgarisation scientifique, on passerait donc à de la médiation scientifique…

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La médiation scientifique est-elle une vraie solution pour combler le fossé entre publics et scientifiques ?

Le terme « médiation scientifique » apparaît plus particulièrement après les années 1970 (où l’on parle surtout de « communication scientifique »), en réponse aux contestations contre les sciences et les technologies qui marquent ces années. Ce terme est une nécessité pour que les institutions puissent continuer à développer les sciences et techniques et qu’elles soient ensuite acceptées par les publics.

Ce terme vient d’abord de la médiation culturelle. Elle se développe surtout dans les années 90′ et atteint son apogée dans les années 2000. Elle cherche à mettre en avant les œuvres et les savoirs qu’il faut adresser aux publics. Aller des œuvres vers les publics. La notation de « médiation scientifique » se construit partiellement sur celle de « médiation culturelle ». Elle indique de nouvelles formes de communication avec le public (en rupture avec les anciennes formes utilisées par les institutions muséales). De plus, elle renvoie à un nouveau cadre d’analyse des sciences. De plus, les « médiateur.trice.s » ne sont plus forcément issu.e.s de la communauté scientifique, mais peuvent aussi venir d’autres domaines. C’est donc une nouvelle profession, qui n’est plus seulement réservée aux seuls scientifiques, qui voit le ainsi le jour et qui peut se développer.

Le but de la médiation scientifique est bien toujours d’essayer de combler ce fossé d’ignorance du public, de le rapprocher des sciences. Cependant, les mesures prises, bien qu’elles essaient de plus en plus d’impliquer les citoyens dans des choix et des discussion sur les sciences et les techniques, voient toujours le public comme un obstacle plus que comme une ressource. En effet, il reste inquiet, mal informé et méfiant. La science reste donc la référence dominante et ultime.

 

La « bonne » communication scientifique : engager les citoyens et les faire participer ?

Ces dernières années, il y a eu une vraie prise de conscience des citoyens (notamment sur des questions environnementales ou de développement durable). Ceci change une nouvelle fois leurs rapports avec les sciences. Le public ne se cantonne plus à un rôle de « témoin silencieux », au contraire, il devient maintenant un « participant actif ». Il a conscience que la science fait partie intégrante de la société et de sa vie. La communication scientifique doit donc maintenant amener à voir la science EN société. Des espaces de médiation semblent alors s’ouvrir sur des points de vue et des savoirs alternatifs. La question est de savoir s’ils prennent sérieusement en compte les avis des citoyens ou s’il s’agit d’un phénomène « de mode » pour se donner une bonne conscience…

Pour que cela fonctionne, il faut donc inviter les citoyens à réellement s’engager dans un débat avec des scientifiques notamment. Ces derniers vont en effet pouvoir s’interroger sur leurs propres présupposés et oser s’exposer à des questions. Ceci peut conduire à de nouvelles réflexions et conclusions qui n’étaient pas forcément celles prédéfinies. Dans ce cas-là, on se trouve face à un véritable échange, profitable aux deux parties et qui peut permettre de co-construire ensemble. C’est à cela que la communication scientifique, et en particulier la médiation scientifique, doit tendre ! Permettre de dépasser les points de vue des scientifiques (toutes sciences confondues) et des publics. Elle doit tous les englober et survoler ces différentes rationalités. Ceci afin de trouver un moyen de les rapprocher et de réellement combler ce fameux fossé. Elle doit être capable de comprendre les deux parties afin d’aider à leur compréhension mutuelle. Il lui est aussi nécessaire de s’impliquer dans les échanges, afin de ne pas seulement être le rapporteur objectif du débat.

Pour résumer, la médiation scientifique doit être une communication bilatérale avec prise en compte de l’opinion des publics. Les uns se nourrissant des autres grâce à une complémentarité des savoirs et une prise en compte des vécus et des expériences de chacun. Pour Marie-Noëlle Schurmans, professeure à l’Université de Genève et spécialiste de la sociologie de la connaissance, la médiation scientifique doit « rapprocher deux langages : celui des scientifiques et celui des citoyens ».

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Conclusion (Ce qu’il faut retenir)

Beaucoup de questionnements ont lieu actuellement sur la façon de communiquer les sciences aux publics. Il semble y avoir deux types de communication scientifique aujourd’hui. La vulgarisation scientifique qui, certes permet de transmettre des connaissances, mais souvent de manière unidirectionnelle, sans véritables échanges. Et la médiation scientifique, qui cette fois, se veut bilatérale pour permettre les échanges. Pourtant, dans les deux cas, la science reste souvent comme seule détentrice du savoir. Elle n’a rien à apprendre des publics.

Cependant, il ne faut pas abandonner ces deux formes de communication. La vulgarisation scientifique permet quand même une diffusion au plus grand nombre, notamment via différents médias (télé, radios et surtout Internet !), et le succès qu’ont les vidéastes scientifiques actuellement le montre bien ! La médiation, elle, est certes plus confidentielle, mais suscite des échanges. Finalement la « bonne » communication scientifique est peut-être un mélange des deux ? En tout cas, elle doit permettre l’engagement et la participation des publics, qui, en plus, sont en demande !

 

Et pour vous, quelle serait la communication scientifique idéale ? Faut-il abandonner la vulgarisation scientifique au profit de la médiation ? Ou au contraire, un « mélange » des deux serait-il un bon compromis ?

Sources :

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